Mes chères illusions

Dulcie Deamer in leopardskin costume, 1923 / Swiss Studios

Mes chères illusions, celles qui rendent la vie supportable. L’illusion est l’épouse de l’Espoir. Elle caractérise l’être humain. Parce que que c’est le seul animal à avoir (a priori) conscience qu’il va mourir, si vous lui retirez illusion et donc espoir, tout devient vain et inutile. Rien n’a de sens. Construire pour qu’implacablement, cela disparaisse, c’est totalement insupportable. Donc, nous flirtons avec nos miroirs aux alouettes, nous chérissons nos mirages. Et par conséquent, nous prenons des décisions malheureuses.

 

Plus je vieillis, moins j’en sais. La vie se charge toujours de vous mettre en face de vos principes. A 20 ans, vous êtes embourbés dans des notions de bien et de mal parfaitement définies. Tout est limpide. Et puis, le temps passe et avec lui toutes vos croyances. Des actes dont vous ne vous soupçonneriez pas composent votre vie. Des bien et des mal. Évidemment, en bon judéochretiens que nous sommes, nous retenons plus facilement les mauvais.

 

Plus je vieillis, moins j’en sais. Ce que je pense être légitime un jour, s’avère catastrophique. Tenter de protéger les gens et se retrouver à leur faire de la peine. Nos actes ont toujours double face. Vous pensez qu’ils sont cohérents. Pas du tout. A travers le regard d’un autre être humain, tout est déformé. Vous avez beau tenter d’expliquer, la personne a ressenti autre chose. Les sentiments, les émotions ne se bataillent pas. C’est comme ça. Faire preuve d’humilité afin de respecter l’autre. Ne plus tenter de justifier mais accepter.

 

Plus je vieillis, moins j’en sais. Je ne sais plus ce qui est juste ou pas. Je pense, et je l’ai toujours pensé, qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais choix. Que des choix de circonstances. Prendre une décision en étant convaincu que c’est la bonne. Et se rendre compte, en fait, que votre choix était lâche. Facile. Raisonner juste sur des bases fausses. La psychothérapie est terrible pour ça. Vous racontez votre histoire de votre petit point de vue. Vous disséquez. Et vous vous rendez compte que vos motivations n’étaient en aucun cas celles auxquelles vous pensiez sincèrement.

 

Plus je vieillis, moins j’en sais. Se tromper. Se louper. Je ne fais que ça. J’essaye d’en tirer des leçons. D’évoluer mais pour me tromper encore. Ne pas répéter les mêmes conneries mais en créer d’autres. Et à chaque fois, constater que je me suis loupée. Je ne regrette rien, je le précise. Le regret est une notion qui m’est étrangère. Je me le suis interdit très jeune. La culpabilité, par contre, est ma meilleure amie. Le doute fait partie de la sagesse, je crois. Je l’espère du moins. Je prendrais d’autres mauvaises décisions. La seule chose qui a changé, en fait, c’est au fond de ma tête, au fond de mon coeur, je me demanderais toujours si je ne suis pas en train de me bercer de douces illusions…mes chères illusions…

 

Crédit photo Flickr

 

Dulcie Deamer in leopardskin costume, 1923 / Swiss Studios

 

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