Marianne

 

Auteur non identifié

Je suis définitivement une hétérosexuelle. Mais il m’est arrivé de déraper deux fois. Rien de bien méchant et en aucun cas, je ne pourrais faire ma maligne en clamant que j’ai fait l’amour avec deux filles dans ma vie.La première s’appelait Marianne. J’avais 14 ans, et c’était certainement un passage obligé en tant qu’adolescente blindée d’hormones…Marianne était belle, extrêmement brillante mais surtout complètement ravagée.

 

Elle m’a vraiment manqué longtemps. Elle me laisse une impression de dureté et d’extrême fragilité. Nous étions, mine de rien, très complices. Je crois surtout que c’était la rencontre de deux sensibilités fort semblables. Un terrain de jeux commun de rêvasseries, d’envies, de possibles. Je crois que notre relation a dû durer un an maximum. Je ne me rappelle plus où je l’avais rencontré. J’ai le souvenir de me rendre chez elle. Je suis sure que ce n’était pas une copine de collège. Je me souviens d’une relation qui me faisait souffrir mais en aucun cas, je ne me souviens d’avoir éprouvé du désir pour elle. Ou peut être que je ne l’assumais pas, c’est fort possible.

 

Tout ce que je sais, c’est qu’un soir, je dormais chez Marianne et que nous nous sommes embrassées, et probablement caressées. Je ne sais pas si c’est arrivé une fois ou plusieurs. C’est curieux car, par la suite, je suis devenue amie avec une de ses ex-copines, Kathy. Nous nous sentions rescapées toutes les deux. Marianne nous avait profondément marquées. Elle pratiquait la planche à voile en compétition, et je la regardais en plein hiver partir s’entraîner en combinaison. Excellente élève, sportive accomplie, Marianne avait un côté too much qui se traduisait dans ses relations aux filles. Nous nous sommes disputées, je crois. J’ai toujours eu un instinct d’autoconservation extrêmement développé et au final, je pense que Marianne était toxique. Cette relation m’a blessée très longtemps sans que je puisse vraiment exprimer cette douleur. Mise à part Kathy, apte à comprendre, je crois n’en avoir jamais parlé à personne avant aujourd’hui.

 

Car en filigrane de cette histoire, il y en a une autre que j’ai mis des années à verbaliser. La première personne à qui j’ai pu en parler, c’est mon amie Catherine. Ce n’est même pas pouvoir, d’ailleurs, c’est plutôt oser dire ces mots-là. Et puis, l’évoquer avec mon psy. J’avais honte, peur d’avoir inventé ou fantasmé, ou je ne sais quel autre sentiment paralysant.

 

J’ai 7 ans ou quelque chose comme ça. Cela fait des années que chaque été, je le passe au bord de la mer, les pieds dans le sable, parfois deux mois d’affilée. Mes amis de toujours me rejoignent, Sophie et Julien. Nos parents louent un appartement dans une maison divisée en quatre parties et le matin quand je me lève, c’est directement sur la plage. Ce sont des étés heureux. Sophie, Julien et moi, nous grandissons ensemble. Nous organisons des spectacles de fin d’été, année après année. Et puis, un jour. Je n’ai jamais vraiment compris ce qui s’est passé ce jour-là. La seule chose que je sais, c’est que c’est l’après midi, c’est la chambre de Sophie, les volets sont fermés mais le soleil perce à travers les persiennes. J’ai toujours adoré ce genre de lumière indirecte et c’est cette luminosité particulière dont je me rappelle le plus. Je m’en souviens car le contraste était saisissant entre la beauté, la douceur de cette lumière et la violence de ce moment. Un peu comme dans “Virgin Suicides”. C’est peut-être pour cela que j’ai visionné ce film autant de fois. Je ne sais si Julien était là. Je ne sais si un adulte était là ou s’il est arrivé après. Tout ce que je sais, c’est que ce que nous faisions n’était pas bien. Que ou l’adulte dont j’ai le souvenir, est à l’origine du « truc » ou Sophie en était l’initiatrice. Même si c’est le cas, Sophie ne sortait pas ça de son chapeau par hasard. Elle était tout autant victime. Tout ce que je sais c’est que je me suis auto censurée pendant plus de vingt-cinq années à propos d’un souvenir flou que j’ai soigneusement rangé aux oubliettes. Tout ce que je sais, c’est qu’après ce moment-là, j’ai eu des visions sexuelles beaucoup trop violentes pour mon age. Je doute avoir été violée, et si c’est le cas, ça ne m’a laissé strictement aucun souvenir. Je suis sincèrement persuadée du contraire, d’ailleurs. Quand vous êtes enfant, que votre sexualité est endormie, la confronter brutalement à la réalité peut être destructeur. Des attouchements peut être. Profondément traumatisée, ça oui ! Que cette chose, ce moment ait pourri ma vie sexuelle pendant des années, ça aussi, j’en suis convaincue. Puisque j’ai commencé à aller mieux après avoir « violenté” , à mon tour, ma pudeur, ou ma peur, allez savoir.

 

Je suis sure que si j’ai très mal vécu ma relation avec Marianne, c’est à cause de ça. Ensuite, je n’ai éprouvé du désir que pour les hommes. Et ce malgré une espèce de mode dans mon entourage, pendant mes études supérieures qui consistait à s’envoyer en l’air entre copines entre midi et deux ou entre deux cours. Pas ma came un quart de seconde.

 

Et puis, il y a quelques années ou récemment, allez savoir, j’adore brouiller les pistes… Je suis allée à une soirée. Il y avait un de mes ex que j’adore Thomas, accompagné par sa petite amie du moment, et une de ses amies. Allez savoir pourquoi, cette fille m’a excitée comme jamais de ma vie je n’aurais pensé être attirée par une gonzesse. Vous la connaissez tous de vue, elle trimballe sa frimousse dans une pub ;)) . Mais voilà, cette fille-là m’a instantanément plu et j’ai eu très envie de coucher avec elle. On s’est embrassée et si je suis sincère, je crois vraiment que je me suis comportée comme un mec de base. Je l’ai draguée, emballée, lui ai roulé des pelles. Elle était complètement déstabilisée, ne s’était jamais fait embarquer par une femme. Évidemment, elle et moi, nous avons soigneusement reculé au dernier moment. C’est pas la peine de me demander quelle pub, je ne vous répondrais pas. Quand je la vois à la télé, je me marre sous cape et je me dis, « Mel, t’as vraiment un goût de chiottes en matière de gonzesse !! T’aimes les pétasses type Denise Richards, c’est la loose !! ». En écrivant, je remarque que cette fille ressemblait, en fait, à Marianne. A Sophie aussi. Des brunes aux yeux bleus à la bouche gourmande…

 

C’était marrant. C’était un accident de séduction comme cela peut nous arriver à tous. Je suis ravie d’avoir éprouvé ça et de m’être autorisée à le ressentir. C’était le signe que j’avais réglé un vieux démon, je crois. Je pense encore à Marianne de temps en temps. Je me demande ce qu’elle est devenue. Je ne me souviens pas de son nom de famille. J’espère qu’elle va bien.

 

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