Fanatiquement vôtre

Fotocollectie: Eerste Wereldoorlog

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’interview accordée au Magazine Littéraire par Amos Oz, l’un des plus grands auteurs israéliens actuels.

 

« Amos Oz, né Amos Klausner (Jérusalem, 4 mai 1939), est un écrivain, romancier et journaliste israélien. Il est également professeur de littérature à l’Université Ben Gourion de Beer-Sheva. Amos Oz est le cofondateur du mouvement La paix maintenant et l’un des partisans les plus fervents de la solution d’un double État au conflit israélo-palestinien. Amos Oz milite également pour une lecture lente de la littérature, qui permet de retrouver ce qu’il appelle un bonheur tranquille. Plutôt que la dissection et l’analyse à outrance du texte, il encourage la recherche du simple plaisir de la lecture et la bonne compréhension du texte, notamment par la participation active du lecteur au contrat introductif du début de chaque livre [3]. « (Source wikipedia)

 

Maintenant que ce monsieur est identifié, je vous propose un petit point route sur le conflit israélo-palestinien. D’une part « L’émissaire américain pour le Proche-Orient George Mitchell a achevé fin janvier une série de rencontres entre Israéliens et Palestiniens au cours desquelles il a présenté une nouvelle initiative pour les rapprocher. En vertu de ces propositions, Israéliens et Palestiniens mèneraient des discussions indirectes pendant trois mois au cours desquels l’Etat hébreu effectuerait des gestes de bonne volonté à destination des Palestiniens. » (Source Le Figaro)

 

D’autre part, dans un flash qui date du 10 février « L’aviation israélienne a mené avant l’aube plusieurs raids dans la bande de Gaza après des tirs de roquettes palestiniens contre le sud d’Israël, a indiqué le porte-parole de l’armée. Le porte-parole n’a pas précisé quelles cibles ont été visées. Ces opérations ont été lancées « en réponse à des tirs de roquettes contre des localités israéliennes vers le nord-ouest du Néguev ces derniers jours », a-t-il dit. » (Source Le Figaro)

 

Autant dire, aucun changement, on se remet à table pour discuter et l’on se fout sur la gueule dès que tout le monde a le dos tourné. Constructif, productif, positif. Ils fatiguent la terre entière avec leurs conneries.

 

La grille de lecture que propose Amos Oz m’a interpellé. Face à ce conflit auquel personne ne comprend plus grand chose, il applique la théorie du divorce, qui est une notion que tout le monde peut appréhender. Israël et la Palestine sont d’anciens amants qui jouent à la guerre des Roses à une échelle beaucoup plus grande depuis des décennies. Amos Oz affirme qu’il faut cesser de parler de réconciliation. Mais plutôt évoquer la séparation pure et simple. Il ne s’agit plus de comprendre. Il s’agit de se partager l’argenterie. En gros, de ce que je peux comprendre, il s’agit de rationaliser, et non plus d’ « émouvoir » . Vous me direz, t’es mignonne mais si c’était aussi simple, ça ferait longtemps que ça serait réglé. Et pourtant….

 

Si on cessait de voir ça comme un conflit religieux, mais juste une guerre entre deux pays qui se chamaillent le bout de gras, on descendrait de 45 étages. Parce que si on remet ça à l’échelle d’un couple, on constate juste qu’aucun des protagonistes ne renonce à la résidence principale, la maison secondaire, le chien, l’ordi, la bagnole et les quelques millions de gosses.

 

Amos Oz : « Par le terme de « divorce », j’entends que les Israéliens et les Palestiniens doivent devenir de simples voisins. Ils vivent dans la même maison, mais ne trouvent pas l’harmonie. Aucun des deux ne peut déménager, car il ne possède un autre endroit où vivre. Ils doivent donc diviser leurs maisons en deux appartements plus modestes ».

 

Ça a l’air ballot comme ça, non ? Et pourtant, j’y crois à cette simplicité des choses. Je crois précisément que ça devrait même être le rôle des Américains et de l’Union Européenne de simplifier la situation là où Israël et la Palestine sombrent dans leur rancune aveugle.

 

Car je crains qu’il n’y ait beaucoup plus préoccupant. Je rebondis sur un autre propos d’Amos Oz que j’ai trouvé terrifiant de vérité : « Je pense que le plus grand danger planétaire est le fanatisme sous toutes ses formes, et non le seul fanatisme islamique, comme le croient conservateurs et néo-conservateurs. Nous n’assistons d’ailleurs pas, entre israéliens et Palestiniens, à un clash civilisationnel, mais bien davantage à un clash entre des fanatismes présents des deux côtés. Aujourd’hui, le fanatisme est universel, et il peut être alternativement raciste, anti-sémite, religieux et même environnemental ! (…) Le véritable champ de bataille actuel n’oppose pas l’Occident et le monde arabo-musulman, mais les fanatiques et le reste de l’humanité. (…) »

 

Nous y voilà. J’adhère à ce postulat à 100%. Où que l’on puisse se tourner, l’hystérie règne. Même en France. Je trouve l’UMP fanatique et je reproche la même chose à ses opposants, dont je fais partie. Georges Bush était un genre de fanatique, lui aussi. Ils sont tous rentrés en guerre contre l’Irak de manière sectaire. Pas de place au doute, envahissons l’Irak, il y a forcément une bonne raison. Même combat face aux conséquences en chaînes du 11 septembre. À croire que plus nous nous approchions d’une organisation planétaire du dialogue et de la paix, plus c’était ingérable. Peut-être aussi que la révolution industrielle passée, la fracture entre ceux qui avaient pris le train du progrès et ceux qui étaient restés à quai, nous a tous mené vers une guerre de tranchée. Ceux qui possèdent et ceux qui n’ont pas.

 

Pendons haut et court les traders ! L’économie de marché est la seule solution. Les discours se radicalisent aussi dans ce domaine. Il y a les fanatiques du pognon. Et il y a les fanatiques de l’humain. Les fanatiques de l’écologie. Et les fanatiques du je m’en foutisme. Peu de gens au milieu. La middle classe s’efface. Les pauvres. Et les riches. Les athées qui deviennent hystériques au mot « religion ». Et les croyants qui s’arqueboutent.

 

Nous assistons à l’agonie du compromis. C’est bien cela le phénomène dangereux qui risque de tout faire imploser. Malraux avait raison mais peut-être pas comme il l’avait envisagé. J’ai toujours adoré cette phrase de Malraux et j’ai trouvé ceci

 

« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ».


« On l’a recherchée dans ses livres et ses interviews. Aux dernières nouvelles, la matrice de cette phrase date de près d’un demi-siècle. En 1955, un journaliste danois l’interroge : « Une foi religieuse ou une croyance dans des êtres ou puissances en dehors de la vie terrestre est-elle indispensable pour la création d’une morale ou le maintien d’une morale ? (…) Serait-il vrai que seul un sentiment de dévouement à quelque chose au-dessus et au-delà de l’être humain puisse créer les conditions de tolérance et de compréhension entre les hommes ?

»

En réponse, Malraux se lance dans une de ces superbes envolées dont il a le secret :

 

« La civilisation moderne, la civilisation du siècle des machines, tente de rationaliser le problème moral ; elle a substitué un fantôme aux profondes notions de l’homme qu’avaient élaboré les grandes religions. Or la science ne tend pas à une notion de l’homme mais à la connaissance du cosmos ». C’est là pour Malraux « la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité ».


Il conclut cette interview par cette phrase : « Je pense que la tâche du prochain siècle va être d’y réintégrer les dieux »1 Dans les années suivantes, Malraux reprend cette antienne : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas… » (Source ici)

 

Au final, ce que je retiens, moi, c’est « Je pense que la tâche du prochain siècle va être d’y réintégrer les dieux »

 

Apparemment, l’humanité s’y est collée. Mais elle a choisi des dieux qui prennent un inquiétant visage que ça soit celui du profit, du politique, de l’environnement ou des religions. Nous sommes redevenus croyants à notre manière. Nous sommes devenus des fanatiques. Rien de bon ne sortira de cette hystérie collective. Et je me permets de répondre à ce journaliste « Serait-il vrai que seul un sentiment de dévouement à quelque chose au-dessus et au-delà de l’être humain puisse créer les conditions de tolérance et de compréhension entre les hommes ? »

Apparemment non. Non, ce dévouement ne crée pas les conditions de tolérance et de compréhension. Ce qui peut le créer, c’est non pas ce synonyme de soumission, mais bel et bien le respect de la différence. « La curiosité est une valeur morale » dit Amos Oz. Oui, car elle engendre forcément l’acceptation de l’autre. Donc sa reconnaissance sur un pied d‘égalité. On ne peut l’absorber, on ne peut l’englober, on ne peut que coexister à travers des compromis.

 

Je vous laisse méditer sur cette phrase de Gandhi

 

«Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort.»


À partir de ce postulat, tout devient possible. Ne l’oublions pas…

Crédit photo Flickr

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