C’est quand le bonheur néolibéral ?



Cleaner sweeping the floor after the Wall Street crash, 1929
Note : je ne fais que faire suivre une lettre de blogueurs sur ce texte. Je soutiens évidemment. (Je l'ai lu chez Valerie C G . )

En ce jour du 5ème anniversaire de la mort de Milton Friedman, des blogueurs ont adressé à des personnes connues pour leur engagement néolibéral une lettre visant à clarifier leur position. La voici :

 

« Madame, Monsieur,

Vous vous définissez vous-même comme étant de sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients à être sollicité afin de répondre à une simple question.

 

Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de gauche, sommes depuis une bonne trentaine d’années face à votre discours nous assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez – va être rien moins qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux mais que vous nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins difficile où serait mise en place une sévère mais juste « rigueur » économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans exceptions profitera…

 

Disons le tout net : nous sommes sceptiques.

 

Non pas que nous mettions en doute votre bonne foi quant à ces affirmations : votre sur-présence médiatique depuis tant d’années nous a convaincu de votre sincérité. Mais tout de même, tout le monde finit par se demander, à force :

 

Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans, ça vient quand ?

 

Parce que dans un pays comprenant 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressurés comme des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les bienfaits de ces fameux « marchés » que vous défendez pourtant mordicus en dépit du bon sens.

 

Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il faut « poursuivre les réformes » parce qu’on a « pas assez libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de faire quelque chose de bien. Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de tous les autres.

 

Notre question sera donc : pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général vis-à-vis duquel vos idées sont objectivement nuisibles, il serait mieux que vous laissiez tomber et passiez à autre chose ?

 

Dans l’attente de votre réponse, veuillez Madame Monsieur agréer l’expression de nos salutations distinguées. »

 

Cette humble bafouille a été adressée par mail à Jean Quatremer, Eric Le Boucher, Sophie De Menthon, Laurence Parisot, Jean-François Copé, Michel Godet, Agnès Verdier-Molinié, Alain Madelin, H16, Jean-Michel Aphatie, Hervé Novelli, Laurent Wauquiez, Hugues Serraf, Jacques Attali, Jean-Marc Sylvestre, Franz-Olivier Giesbert, Pascal Salin et Monique Canto-Sperber; liste non close.

Nous attendons bien évidemment les réponses avec une certaine curiosité gourmande.

Y participent : Océane, Mipmip, Agnès, SeeMee, Seb Musset, CSP, Marco, Dadavidov, Vogelsong, Intox2007, Dedalus, Christian, Bah !? By CC , Gaël, Nicolas, Jojo, Alter Oueb, Altermonde sans frontières, galuel, drclehmann, cent papiers, dalipas, une Autre vie, dada vidov, 365 mots, crêpe Georgette, Christian Lehmann, Heaven can wait, mes coups de coeur, gnaffron, Gauche de CombatMalaberg, Débords , Celestissima

 

P.S de Valérie de Crêpe Georgette  : Merci de diffuser cette lettre au maximum !

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hashtag : #bonheur_neoliberal

 

15 commentaires sur “C’est quand le bonheur néolibéral ?

  1. ha au fait, BANANE

    je suis pas une inconnue, t’as fait un billet entier en réaction à l’interview que j’ai fait de Bastien François sur la 6e République. (Publié chez vogelsong)

  2. @cattnat : purée… faudrais que j’arrête d’être un peu trop partout, moi, ma mémoire finit par glisser sur des peaux … de banane ! I’m sorry, miss… toutes mes excuses, Madame de…

  3. « Mouais » … Si je devais plagier cette belle missive, je devrais écrire aux schrtoumpfs pour leur dire que la méthode du Dragon de la belle au Bois Dormant, et bien c’est le mal …

    Qu’on se comprenne bien … Nous sommes face au même discours depuis … 30 ans ? …

    Voyons … 2011-30 = 1981. Ca commence bien … Mais poursuivons.

    Oui la pauvreté est inacceptable. Mais les trop nombreux privilèges de « droits acquis », et le salaire des pauvres dockers du port de Marseille, c’est acceptable ? .. C’est ca votre neo-libéralisme ? Le fait qu’on ne puisse choisir son médecin sans se faite taxer, , qu’on ne puisse être opéré sans « entente préalable », c’est du libéralisme bien sûr … Le fait que la CSG touche indifféremment et aveuglément tous les revenus petits ou gros, là ou constitutionnellement parlant la double imposition est censé n’être qu’une hérésie ? C’est vraiment libéral. C’est clair. Nous vivons dans l’un des pays ou l’addition des pressions fiscales et sociales est parmi les plus forte au monde. C’est libéral, ça ? Je ne peux pas choisir la couleur de ma maison. C’est vrai, les méchants libéraux m’en empêchent depuis trente ans. J’arrête ma liste, je pourrais vous saouler.

    Oui, le pouvoir de l’argent commet des abus, sur lesquels il est urgent d’agir. Oui, les patrons voyous et les spéculateurs méritent des piques … Pour autant, la situation permet-elle que l’on transforme 30 ans de keynesianisme forcené en neo-libéralisme juste avec des mots. « Ah ben non, ma brave, c’est pas ma faute à moi, demandez au voisin, même si il n’est pas là depuis des lustres, ca doit être lui « … Et puis c’est quoi le neo-libéralisme qui vous fait si peur ? Ce que vous décrivez n’est rien d’autre que du conservatisme à l’américaine mâtiné d’un interventionnisme aveugle. Il n’y a rien de libéral là-dedans. Citez moi une mesure, une seule qui serait extirpée des écrits de Friedman …. Mais cherchez bien, il n’y en a pas. Le libéralisme, même cantonné à sa mesure économique, n’a jamais été appliqué, ni ici, ni ailleurs.

    Je crois bon de me souvenir que depuis les années 80 on n’entend que « Etat Providence », pour que soudain … mais, suis-je bête il y a des élections …

    Un manuel d’histoire contemporaine pour Noël vous rendrait (peut-être) crédibles.
    A suivre …

  4. Je suis très étonnée de ta réaction Olivier. Sans déconner, je ne m’attendais pas du tout à ça comme réaction ^^

    Mais cette fois-ci, je ne vais même pas essayer d’en discuter avec toi, c’est impossible de tte manière

  5. Ha ben oui, c’est mal parti … Notamment quand cette missive se contente d’annoncer taper sur cible qui n’est certainement pas ce qu’elle décrit. Tout vocable caractérisant la cible est particulièrement mal choisi … Je sens bien qui est visé ici. Pas un n’est un libéral. Et les molasses qui s’en réclament ne le sont que de profession. Tous sont interventionnistes et keynésiens, même si aucun ne l’avoue.

    Je partage plein de choses au fond, et tu le sais bien.

    Mais voir sortir cela maintenant, voir entretenir une jolie confusion (et a dessein) entre ceux qui nous gouvernent et les libéraux est un beau roman dont rien n’est vrai.

    Je suis libéral, depuis toujours. C’est d’ailleurs à ce titre que j’ai refusé toute compromission avec les politiques en place, et ce depuis l’UDF, c’est dire que ca commence à dater. Je ne soutiens Ni le pouvoir en place, Ni ceux qui aspirent à le remplacer. Mais quand je lis que le système serait libéral ou néo-libérale depuis trente ans; là où sur la période on nous impose un mix entre née-conservatisme et état providence.

    Imagine, on ose faire passer cela pour du libéralisme. Là je m’inquiète et m’insurge. L’un et l’autre sont aux antipodes du Libéralisme politique et économique. Ca frise la malhonnêteté intellectuelle … Et je reste poli.

    Schmoux. (les ricains écrivent xoxoxo …lol)

  6. Oui … et ?

    Manifestement l’auteur n’a pas lu grand chose des auteurs libéraux. Là où il est question de fondamentaux structurels, il ne nous parle que de conjoncture (croissance, démographie, environnement international, interdépendance, domination à venir de la chine etc …).

    Le libéralisme n’est pas fondé sur l’idée de capitalisme ou de croissance. Il est fondé sur le ait que chacun doit avoir entre les mains la liberté de ses choix (ce que les libertariens poussent trop loin) ce qui, dans le principe et d’emblée exclu toute possibilité d’exploitation.

    Le libéralisme est donc à tort associé au seul capitalisme. De la même façon, sur notre échiquier idéologique, il n’est ni de droite, ni de gauche, ni même du centre (sauf ponctuellement et pour des raisons électoralistes qui ne trouvent par ailleurs jamais de contre partie dans les faits). Prôner l’économie de marché, et la réguler dans des états construits pour gérer des fonctions régaliennes ne veux pas dire encourager à l’enrichissement sans cause, ou à l’exploitation des uns par les autres. Ca veux dire encourager l’initiative, faire collaborer public et privé par ex. Et quand les libéraux parlent de fonctions régaliennes, ce ne veux pas dire qu’on veux éradiquer les structures d’état, ca veux dire mieux d’état. Ca eux dire un etat arbitre, et pas spectateur, arbitre, juge, et partie à la fois. Tu vois la nuance ?

    Et ce n’est pas ce que nous vivons depuis trente ans? Et de très loin.

  7. Par la même, le libéralisme n’exclut pas le domaine public. Il demande juste que ce domaine public soit présenté à égalité de traitement avec le privé. ce n’est tout de même pas si méchant …

    (Je crois que j’ai fini … lol)

  8. Enfin , pour éclaircir mon propos sur les trente dernières années, la modernisation et la dérégulation financière, l’abandon de la finance au seul marché n’ont pas été uniquement le fait des gouvernements conservateurs, de droite, les gauches sociales démocrates ne se sont pas gênés.C’est bien Laurent Fabius et Pierre Bérégovoy qui ont porté la modernisation, à moins que je me trompe, et les historiens de l’économie aussi. C’est bien un gouvernement de gauche qui a crée le Matif (ou Marché à terme des Instruments Financiers dont sont issus ce qu’on appelle les produits dérivés). Pour mémoire ca se passe en février 1986, soir un moi et demi avant les législatives. C’est bien Fabius qui dès 1983 appelait à la grande ouverture du crédit … Et ceux de droite s’en sont bien évidemment frotté les mains pour n’y rien changer par la suite.

    Bref, droite et gauche sont coupables, l’une et l’autre.

    La majorité des économistes, toutes tendances confondues, s’accordent par ailleurs pour observer que cette modernisation de la finance est concomitante avec le mouvement de mondialisation … Tire en les conclusions que tu veux.

    Et l’on voudrait nous faire croire que le libéralisme est à la source de tous nos maux ? ben ça ! …

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