Je viens d’ailleurs

 

Je viens d’ailleurs. Ma famille vient d’ailleurs. Du Portugal, de Corse et d’Autriche par alliance ; par la terre d’Algérie aussi et surtout de l’Italie. Ma famille a voyagé à l’époque pendant plus de 1000 kilomètres. De Gaeta à Agde. Ils ont quitté un village de pêcheurs pour rejoindre un autre village de pêcheurs, question de survivre.

Je viens de là. Quand mon père y est allé en pèlerinage avec son cousin Antoine, une des premières choses qu’il m’a dites, c’est que j’étais typiquement une fille de là-bas. Ca m’a fait plaisir d’être la plus italienne des trois filles. Ca m’a touchée que le passé, comme un petit miracle, s’inscrive sur mon visage.

 

 

Ce sont eux. Ou peut-être pas. Mais ces gens disparus sur cette photo font partie de ma famille d’une manière ou d’une autre. Et mon père de prendre sa loupe et de scruter la jeune fille au fond à gauche et de me dire qu’elle me ressemble.

J’aime savoir d’où je viens. La famille avait un mode de fonctionnement, les aînés étaient sacrifiés et partaient travailler sur les bateaux dès leur plus jeune âge. Les cadets restaient un peu plus longtemps à l’école. De génération en génération, les diplômes obtenus étaient meilleurs en suivant cette logique jusqu’à mon père, diplômé supérieur, l’un des premiers. Et mes sœurs et moi avons été, peut-être, les premières à avoir vraiment eu le choix. Curieusement, cette liberté, mise à part ma sœur Hélène, nous n’en avons pas usé selon la tradition. Nous ne nous sommes pas élevées une fois de plus dans l’échelle sociale. Mais j’ai été la première à apprendre l’italien, langue qui avait été proscrite à l’arrivée de mes ancêtres en France. Il fallait à tout prix s’intégrer…

 

Je viens aussi d’Ischia et la légende familiale dit que nous descendrions de Léonard de Vinci. « Maria Catina et Catarina et leurs soeurs étaient filles de Domenico Catuogno et de Maria Gaetana De Angelis, elle-même fille d’un De Angelis mort en 1846 et d’une De Vinci morte en 1835. La demoiselle De Vinci était soeur de Monseigneur De Vinci évêque de Sardaigne mort en 1860 et de Monseigneur De Vinci évêque d’Ischia mort en 1904 »

 

 

Je n’ai hélas pas hérité de son génie, c’est ballot et pour tout dire, cette légende m’amuse plus que je n’y accorde du crédit.

Pourtant, même si nous maîtrisons bien l’histoire familiale, je n’aurais pas eu besoin de ça pour savoir d’où je venais. Je suis une méditerranéenne jusqu’au bout des ongles, mon rapport à cette mer est viscéral ; j’ai besoin de la sentir autour de moi. J’aime sa double face, tranquille et pourtant parfois violente et meurtrière. J’aime les odeurs du sud, sa chaleur, et sa nature parfois aride. Quand j’arrive aux alentours de Beziers, Agde, même Sète, je suis chez moi, je le sais.

J’aurais adoré vivre au bord de la mer. J’en rêve encore. Je suis peut-être encore trop urbaine pour cela mais avec un peu de chance et beaucoup de travail, un jour j’accomplirai à nouveau les 1000 kilomètres, dans l’autre sens, et je m’achèterai une maison sur les bords de la Méditerranée, à Gaeta.

Article initialement publié sur Voldemag

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