Cette sale manie de taper sur #Cannes

 

Haaa qu’il est bon en ce beau mois de mai de se refaire une petite virginité journalistique/philosophique/politique sur le dos du festival de Cannes. Tous les ans, on a droit à un petit article de prise de conscience sur le fait que vraiment, on en fait trop et que cette chose est en fait inintéressante. Une vraie révélation #marronnier.

 

Mais c’est vrai quoi, on s’en fout de ce festival ! Il-y-a-d-autres-choses-beaucoup-plus-importantes, merde !

 

C’est devenu une habitude, une manie. Les gens sérieux, non mais vraiment sérieux quoi, se révoltent contre la couverture médiatique consacrée à cette petite réunion, qui, si on y réfléchit bien est tout… sauf du cinéma. Enfin, soi-disant. Je rigole ou bien ?

 

Il est vrai que le reste du temps, les médias consacrent tout leur temps à des vrais sujets de fond comme… Nabilla, les tweets de Nadine Morano ou de Christine Boutin, la carrière politique de Véronique Genest ou la mauvaise manip de Guaino. Ca c’est des putain de sujets ! La Syrie, les manips de Gaston Flosse avec #Facepalm de toute la classe politique française, la réforme du code du travail, le problème du logement sont réellement couverts, ahem…

 

C’est quand même marrant, cette conscience à géométrie variable. Attention, je ne suis pas en train de me positionner en mère la morale prétendant ne parler que de vrais problèmes. Je suis la première à me pencher sur des trucs très douteux. Mais je ne prétends pas expliquer à la terre entière qu’on en fait trop sur tel ou tel sujet.

 

Pour rappel, le festival de Cannes, ce sont des films : des grosses machines et des toutes petites qui se retrouvent sous les feux des projecteurs. Sans sélection, croyez-vous vraiment que Mahamat-Saleh Haroun, réalisateur tchadien, seul représentant du continent africain dans cette édition, pourrait voir son film distribué en France ? Et sachez que grâce à sa présence, une école de cinéma (chose qui n’existe pas au Tchad) devrait voir le jour (merci 28 minutes pour en avoir parlé).

 

On s’en fout ? Très bien.

 

Le festival, c’est aussi toute l’arrière-cour : les financements, les rencontres, les projets qui se discutent. Tout ça a des conséquences directes sur des milliers d’intermittents, qui sont pour la plupart, tout sauf des petits bourgeois. Ha on me signale qu’ils n’en chient pas comme les ouvriers ( on sait d’ailleurs que la vie de ceux-ci est vraiment couverte par nos journaux et nos sites d’infos n’est-ce pas ?). Je ne vais pas expliquer la dure condition des intermittents mais si vous croyez que bosser comme un âne pendant des mois, parfois dans des conditions franchement pas simples, dans le froid ou sous un soleil accablant, douze heures par jour, parfois six jours sur sept est le top du confort, je crois que nous ne vivons pas dans le même monde. Sans compter la précarité et le fait que nombre d’intermittents sont loin de gagner des mille et des cent hein… et puis, c’est vrai qu’ils n’ont pas droit au petit abattement salvateur de 7000 euros, eux… (oui je sais c’est mesquin mais j’ai pas pu résister, je suis très agacée depuis ce matin). Mais toujours est-il que Cannes est fondamental pour des tas de négociations dont aucun journal ne parle parce qu’effectivement, ça, ça n’intéresse pas grand-monde. Et pourtant, c’est une partie extrêmement importante du festival.

 

Le festival, c’est le show off. Oui, on en fait trop. Mais si le public n’était pas au rendez-vous, année après année, croyez-vous vraiment que cette couverture médiatique continuerait de grandir ? C’est pas par amour du cinéma que les marques, les médias sont là-bas. C’est parce que le public adore ça ! Moi, la première ! Oui, c’est superficiel, oui c’est idiot. Mais on en a besoin. Je tente une comparaison hasardeuse, mais est-ce que parfois on se dit que sur le football on en fait trop ? Sur la coupe du monde par exemple ? Pourtant, elle y est la couverture médiatique ! Donnez-leur du pain et des jeux… Ceux qui expliquent que c’est une honte de couvrir le festival ne sont-ils pas les premiers, du moins parfois, à se précipiter sur tout ce qui concerne le football ? Vous savez quoi, tous les quatre ans, moi, ça me casse les couilles de bouffer du foot au petit déj. Je ferme ma gueule. Et quand c’est pas le foot, c’est le rugby. Et si c’est pas ça, c’est encore autre chose. Comptez sur moi pour me fendre d’un petit article dans quelques temps pour expliquer que oh-non-mais-vraiment-ça-commence-à-bien faire-tout-ce-cirque-autour-du-sport hein…

 

Football et cinéma, c’est la même mécanique. Ca ne sert à rien et pourtant c’est essentiel. C’est la bouffée d’oxygène, c’est l’oubli pour quelques euros, c’est apprendre, rire, pleurer, être touché. Le festival de Cannes, c’est 15 jours de rêve, 15 jours de teuf, 15 jours de débauche, 15 jours de stars mais surtout 15 jours de cinéma. C’est le plus grand festival au monde. Il se passe en France et même pas à Paris. Ca fait vivre une ville, ça fait vivre une industrie, ça fait vivre des tas de petites mains et avec un peu de bol, ça fait rayonner des petits films surgis de nulle part.

 

Alors, pitié avant de nous expliquer votre indignation à ce sujet, commencez par regarder ce que vous tweetez, traitez comme sujets. Tâchez d’être un tant soit peu objectif. Il y a quand même de fortes chances pour que vous finissiez par renoncer à gueuler.

 

Et ça me fera des vacances. Pendant quinze jours, je vais redevenir une midinette et j’adore ça !

 

 

PS : petite précision. Je ne vise personne en particulier. Cette gueulante est venue après avoir lu des remarques, des articles, des tweets dans tous les sens depuis quelque jours. C’est pas la peine de venir m’expliquer que « non, pas du tout, j’ai pas parlé des ouvriers » ou « j’ai pas dit ça ». Laissez votre parano au vestiaire.

 

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