Combler le vide au jour le jour. 2018 (et la playlist nov-dec 17)

Beach below Neahkanie Mountain north of Tillamook
Original Collection: Gifford Photographic Collection

Hello !

Une très belle année à vous ! Des perspectives qui chantent et des sourires qui enchantent.

2017 fut une année de rangement, de changement : ni dingue ni triste, un rythme soutenu. J’écris de moins en moins, mais je continue. Combien sommes-nous encore les blogueurs persos ? Ça fait dix ans que ça dure et c’est toujours aussi nécessaire pour moi.

J’ai effacé tous les débuts de billets dans l’admin. Des choses que j’avais envie de dire sur la société, mais j’ai renoncé. Au final je n’en garderai qu’un, celui qui explique justement pourquoi j’abandonne : « Flippant, ce monde est flippant » :

« Ce qui est intéressant dans tout ça finalement, c’est que le radicalisme musulman, le terrorisme, n’est que la face émergée de l’iceberg. Je ne sais pas, on a tous dû se radicaliser avec l’arrivée d’internet et la fantastique opportunité de s’exprimer. On ne soupçonnait pas que pour en quelque sorte exister, ça tournerait au catégorique, au non discutable, à l’insulte, à la violence. »

En fait plus j’y réfléchis, plus je suis convaincue de la chose suivante : autrefois, il y a très très longtemps, travailler avait du sens ; on voyait les choses que l’on fabriquait et l’on pouvait être fier. Si on en chiait, on pouvait toujours se dire que le paradis nous attendait. La foi au coeur ou aux apparences, on avait de quoi tenir. On savait pourquoi on faisait ça : une vie.

La structure religieuse a fini par s’effondrer peu à peu et on a fini par se dire en gagnant en liberté que travailler permettait de s’élever sur l’échelle sociale (on parlait pas encore d’ascenseur) à défaut de le faire vers le paradis, d’assurer un avenir à nos enfants. Ça avait encore du sens : une vie à grimper.

L’ère de l’industrialisation est arrivée : le résultat de notre travail est devenu intangible, alors l’ère de la consommation est arrivée remplaçant en quelque sorte la foi. Travailler n’avait plus de sens en soi, mais grâce à lui on pouvait s’acheter des choses. Le concept tenait encore la route : une vie à consommer.

Le problème c’est qu’à présent, le travail a rarement du sens, mais la consommation n’en a plus non plus : la faute à la planète. Où est le sens ? Lorsque le concept de gestion de ressources humaines est arrivé, on aurait dû se méfier. Jamais on a autant conceptualisé la maltraitance au travail. Non seulement ça n’a plus de sens, mais en plus on nous dévalorise en nous faisant croire que sur le papier nous sommes essentiels. Bosser 8h par jour ne permet plus ni de s’élever ni de dépenser, il arrive même que ça ne suffise plus pour la base. Internet et les réseaux sociaux sont arrivés : un espace de liberté et d’expression incroyable. Et si finalement ils avaient débarqué pour nous faire tenir eux aussi ? Pour combler un vide ? Vous savez ce vide qui vous tenaille parfois, qui vous fait demander : qu’est-ce que je fabrique ici, pourquoi j’existe ? Alors on braille. On sait. On insulte. On radicalise ses opinions. On impose. À défaut de pouvoir le faire dans la vraie vie, impuissants que nous sommes. Une vie à s’affirmer.

Pourtant paradoxalement, les statistiques prouvent que la vie va en s’améliorant sur notre bonne vieille planète. Pourquoi on ne le ressent pas ?

L’humanité cherche toujours pourquoi elle doit mourir et pour rendre cette idée supportable, elle a toujours fait preuve d’une imagination incroyable pour remplir l’espace entre sa naissance et sa mort. « La nature a horreur du vide » dit-on. Pourquoi existe-t-on ? Que restera-t-il après l’affirmation ? L’affirmation de soi après la foi, l’échelle sociale, la consommation. Quelle sera la prochaine étape ? C’est quoi le prochain concept ?*

Certains pour combler l’espace tiennent grâce à leurs enfants. C’est un peu mon cas. J’ai beaucoup écrit sur ma fille, Charlotte : ses 18 ans avec le texte « 18 cerfs-volants »

« Pourquoi je me suis mise à pleurer ? Je n’en sais toujours rien, je n’ai pourtant aucune nostalgie de votre prime enfance. En fait pour tout t’avouer je me suis bien plus éclatée à vous élever pré-ado que bébé ou enfant. Ça me touchait, mais ça ne m’intéressait pas vraiment. C’est dur ce que je dis ? Je n’ai jamais été une maman joueuse, ça me gonflait, je lisais des histoires évidemment, mais me mettre à « votre niveau » m’ennuyait. Sans le réaliser sur le moment, j’étais impatiente que vous deveniez des individus à part entière. »

Et son départ avec « Me taire et tes larmes retenir (notre estuaire) »

« Oh elle n’est pas une adulte encore, loin s’en faut, mais il était perceptible qu’elle avait quitté l’âge tendre : plus confiante en elle et moins crédule. L’insouciance s’était envolée et on le sait bien que ça arrive un jour ou l’autre, ça fait partie du deal même si ça brise et gonfle le coeur en même temps. « 

Elle va bien, l’aventure australienne continue, elle a été exceptionnelle. Ma fille. Elle s’est retrouvée à travailler à la chaîne, trier des cerises, elle les a ramassées aussi, elle s’est levée à 4h30 du mat tous les jours : elle a découvert « la valeur travail ». Elle sait maintenant ce que c’est un job dur. Elle rentrera les idées au clair avec ça et c’était important pour moi. J’ai hâte de la revoir si vous saviez. Elle me manque tant.

Comment sera-t-elle en rentrant ? J’ai hâte de la découvrir et je me demande ce que sera sa quête, sa quête de sens. Où la place-t-elle à présent ? Et vous ? Quelle sera la vôtre et moi la mienne ? Que chercherons-nous en 2018 ? Une nouvelle année qui commence c’est toujours de la curiosité !

Il y a encore eu la musique en 2017, l' »adoucisseuse » de moeurs. Je vous laisse avec la playlist de nov-dec. Elle démarre avec la chanson « Somebody is » de The/Das comme un symbole de ce que j’ai raconté au début de ce texte. L’album « Freezer » date de 2014, un grand merci à Marc Mineur, dénicheur infatigable. Merci aussi à Playlist Society pour les suggestions, Radio Nova et les Inrocks. Grâce à eux de grands morceaux encore découverts.

Je vous souhaite à nouveau une belle année 2018 et de continuer à tenter d’avoir :

« Une âme qui a trouvé la paix, ou comme une autre qui la trouvera sur sa route, une tige à la fois »**

Parce que c’est ce à quoi après nous courons quel que soit ce qu’on met dedans.

* J’aurais adoré lire l’article de Télérama « Après le consumérisme, on fait quoi demain ? « . Si quelqu’un d’abonné passe par là…
**Je suis désolée, je ne sais plus du tout où je l’ai trouvée et de qui elle est.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.