La ligue. 2007- 2012. (Lets take a dive swim right through).

la guerre des boutons évidemment

Billet d’aficionados…

5 années de découverte, de lâchage, d’écriture, 5 années de farwest, 5 années à commettre toutes les erreurs possibles et imaginables.

J’ai été contactée plusieurs fois par des journalistes au sujet de la fameuse affaire de la ligue l’année dernière, non pas parce que je les connaissais personnellement -le seul avec qui j’ai peu échangé dans la vraie vie, c’est Guillaume, période OWNI – mais parce que je suis une vieille routière de twitter. J’ai à chaque fois expliqué le même constat, c’est une histoire complexe, les choses ne sont ni noires ni blanches. J’ai échangé professionnellement 3 fois avec François-Luc, étais vaguement pote de réseaux avec Charles, Loic, Bertrand. J’utilise sciemment les prénoms, même si ça ne postule pas d’une quelconque intimité, c’est juste que je n’ai pas l’intention de rajouter ma couche au référencement.

J’ai entendu parler de la lettre à l’époque, du concept de ligue, du harcèlement parce qu’il y en a bien eu ; tout ça flottait dans notre univers, c’était des données dont on devait tenir compte. Ça ne m’a pas empêchée de suivre un jour Vincent bien après toutes ces histoires et de continuer de le suivre aujourd’hui. Je l’ai fait parce que c’est un bon journaliste. Je suis encore Guillaume et lui ai même présenté des excuses parce que j’aurais dû ouvrir ma gueule en février 2019.

Je suis rentrée en internet en 2007 comme on rentre en religion. Mon premier blog qui était collectif a été construit par un grand ponte du web que vous connaissez tous, un expert anti censure, anti tout ce que tu veux, ce qui ne l’a pas empêché de me menacer d’un sale référencement quand ça a tourné au vinaigre. Les principes à géométrie variable en somme ( vous verrez ce principe sera souvent évoqué ici). Je suis arrivée en octobre 2007, 6 mois après je prenais ma première bouffe.

Et des bouffes, j’en ai pris plein : j’ai été trollée, menacée de procès à 2 reprises, harcelée, on a fait du chantage affectif à mes potes, j’ai été trahie, stalkée, moquée, blessée. Guess what ? Je ne suis pas la seule. J’ai trollé, menacé, probablement harcelé, en tout cas perçu comme tel, fais du chantage affectif à mes potes, trahi sûrement, moqué plus souvent que je ne le pense, blessé incontestablement. C’est tout le problème de l’analyse actuelle sur le twitter des années 2007-2012. On a tous déconné sauf peut-être ceux qui avaient 40 ans à l’époque. Et encore… Et quand l’affaire a éclaté, j’en connais un paquet qui ont dû serrer les fesses.

Bacicoline m’avait dit de m’inscrire sur twitter en 2008. Je l’ai fait, je me suis trouvée face au vide. Je suis repartie, je suis revenue en 2009. Et comme pour les blogs, j’ai découvert un vaste terrain de jeu : les règles se créaient en même temps que l’usage. Beaucoup l’ont confondu avec une impunité totale. J’ai parfaitement identifié les trolls, c’est vrai que les 3/4 de la liste étaient perçus comme tels et si on va par là, j’ai perçu longtemps Thomas comme un troll. Comme quoi les grilles de lecture évoluent. J’ai été copine avec la Florence de droite avant d’acter que selon ma grille d’analyse, elle était complètement barjot. J’ai d’ailleurs été copine avec un paquet de gens qui se sont avérés complètement cintrés. J’imagine que le compliment peut m’être renvoyé. Je me suis moi aussi foutue de la gueule de Capucine – allons, c’était un sport national de le faire, TOUT LE MONDE s’est foutu de sa gueule pendant des années, c’est elle qui a pris le plus cher * – j’aimais bien l’autre Florence et je crois même que je suivais Iris ; j’étais pote avec Thomas et Lucille.

Je ne suis plus pote du tout avec Thomas et Lucille, le premier a acté que je n’avais pas l’attitude requise au moment de l’éclatement de l’affaire parce que j’ai estimé et j’estime toujours que Slate était le dernier endroit où traiter cette histoire. Je n’ai plus jamais lu Slate après ça. J’ai été très déçue par la faux culterie qui a régné pendant le règlement de compte : le fameux « Mais moi, c’est pas pareil ». Mais, ma cocotte tu trollais en meute, mon poulet, tu as participé au harcèlement en règle de ce mec. C’est pas à géométrie variable, là non plus.

West side story.

C’est ça l’histoire, une histoire de bandes, les ennemis de mes amis sont mes ennemis, ha mais attend, ennemi commun /conjuguons nos forces, ha mais attend, une semaine plus tard les amis de mes ennemis sont mes ennemis. C’était ridicule et pathétique, c’était pas la guerre des boutons, c’était la guerre des tweets. Rajoutez à ça une ambiance de lycée américain avec les populaires et les losers, vous avez une bonne vision d’ensemble. La bande de la liste c’était l’aristocratie de twitter et soyons francs, tout le monde voulait être pote avec eux ou être vu par eux. Le sentiment d’impunité vient de là aussi. Vincent était le petit prince de twitter et sa popularité immense (enfin à l’aune du réseau hein…) entraînait son entourage dans son sillage. Qui se souvient de Bien Bien Bien ? LE blog de l’époque qui trônait en tête du classement ?

J’ai relu des blogs du moment. C’était pas tellement féministe. J’ai lu des billets où je suis tombée de l’armoire : telle figure de proue du féminisme actuel ne l’était pas tellement. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je trouve ça très bien, vaut mieux tard que jamais. Par contre, s’emparer de sa plus belle plume pour écrire sa révolte n’était franchement pas nécessaire, relis ton blog et fais un examen de conscience. Car oui j’ai une manie, celle de balayer devant ma porte et j’ai la faiblesse de croire que tout le monde devrait en faire autant. Ça rencontre peu d’échos, je ne vous le cache pas.

Le plus ironique de cette affaire c’est de constater que ceux que je perçois comme les plus dangereux sont encore en place. Ça je persiste et je signe. La seule fois (en tout cas dont je me souvienne) où j’ai été confrontée directement à certains membres de la ligue ce n’était ni Vincent ni Alexandre. Ceux qui ont lu le témoignage de Laurence savent de quoi je parle : un billet de blog sur Megaconnard.fr avec des commentaires à teneur antisémite, des photomontages antisémites, une étoile jaune à une chemise blanche, un portrait sur l’entrée d’Auswitch . Et l’une des victimes officielles de la ligue apportant son soutien à ces membres, expliquant doctement que certes c’était limite, mais drôle. Oui, oui. Un photomontage avec une étoile jaune, à l’époque, ça pouvait être perçu comme fun. C’était le mai 68 de l’internet : il était interdit d’interdire et prions Saint Desproges (cf on a le droit de se moquer de tout blablabla). Quand je rappelais la loi Gayssot, on se foutait de ma gueule en coeur. On en a parlé autour de nous, tout le monde nous a dit de laisser pisser. On pensait tous qu’on ne pouvait rien faire. Laurence a porté plainte. Dans le vide, aucune réponse des autorités ne lui a été fournie.

Et voilà on touche du doigt l’ambiguïté crasse dans laquelle on barbote quand on parle de la ligue : selon les jours, ça chassait en meute avec eux et le vent tournait, tu étais finalement l’objet du foutage de gueule faisant de toi une victime. Ce pourquoi si tu cherches vraiment, tu peux tomber sur des échanges extrêmement cordiaux entre victimes et bourreaux. Et que ça s’invite, et que ça se fête les anniversaires, et que ça se marre ensemble. Laurence et moi étions plus âgées, plus armées, ce qui fait que cette petite histoire a eu assez peu d’impact sur nous et surtout nous étions capables de distinguer le vrai connard du fanfaron. Surtout nous avions une vie, une carrière professionnelle et on ne comptait pas sur twitter pour exister.

On avait déjà souhaité ma mort. En 2009 exactement. En fait, non, personne ne souhaitait réellement ma mort, mais on l’écrivait. Il y a eu 5 années où il y a eu un fossé abyssal entre ce qui s’écrivait et ce qui était réel. Les 3/4 de ce qui a été écrit n’auraient jamais été dit dans la vraie vie. Je n’en suis plus si sûre aujourd’hui, les gens ont complètement vrillé. Très vite je l’ai compris et ma bio a été pour toujours la même : se comporte IVL comme en IRL ; se comporte dans la vie virtuelle comme dans la vraie vie. Certains membres oubliaient ça vraisemblablement parce que lorsque Laurence en a eu un au téléphone, il n’en menait pas large. La teneur de la conversation ne sera pas révélée ici, ce qui compte c’est qu’il sait et que nous savons…

Grandes gueules, petits bras.

À l’époque d’Epidemik (2008/2009), on avait une rubrique qui s’appelait le Voicik : c’était le Voici des blogs. Ça volait pas très haut, mais j’avoue que ça fait partie de mes plus grandes crises de rigolade ever. Le principe était de choisir un blog et de traquer les inepties. C’était impitoyable, n’importe quel billet pouvait être retourné. Il y en a eu un particulièrement savoureux sur un blog tenu par une jeune maman, blog honnêtement indigeste. Nous étions des trolls à l’époque, on va pas se raconter d’histoires. « On » – et je dis bien « On » parce que les décisions étaient prises de manière collégiale, pourtant je n’ai pas écrit ce texte – on s’est foutu de sa gueule dans les grandes largueurs. La jeune maman a fermé son blog direct après ça. Est ce qu’elle a pensé à nous lorsque l’affaire de la ligue a éclaté ? Probablement. Est ce qu’elle s’est sentie harcelée à l’époque ? Sûrement même si nous n’utilisions pas ce vocabulaire. Internet était déconnecté du réel. On croyait vraiment que ça l’était. Nous estimions qu’à partir du moment où c’était publié, on avait le droit de se moquer. En somme, toute personne s’exposant sur internet devenait une personnalité publique et donc potentiellement une cible. On savait tous qu’on pouvait en être une un jour ou l’autre ou si nous étions naïfs, on le découvrait quand ça nous tombait sur la gueule.

C’est tombé fin 2008, au détour d’un texte avec des commentaires cette fois ci nous accusant d’antisémitisme. On s’était borné à publier une lettre d’un descendant de la shoah qui avait réclamé ( de mémoire) le retrait de ses ascendants d’un mémorial en raison de la politique israélienne vis à vis de la Palestine. Ce qui a mis le feu aux poudres ? La suppression de commentaires. Ce n’est pas moi qui l’ai fait, mais c’est bel et bien moi qui en ai pris plein la gueule pendant des jours et des jours. Pourquoi ? Parce que j’étais considérée comme le leader. À tort. Je gérais le quotidien, mais le blog était bien tenu techniquement par plusieurs personnes. À tort ou à raison, je pense que c’est exactement le problème de Vincent : être perçu comme le leader alors que je pense, à tort ou à raison, qu’il s’est fait déborder par la suite et par la droite.

C’est à ce moment-là qu’ on a souhaité ma mort. Écrit noir sur blanc. J’ai géré comme une merde. En fait j’ai pas géré du tout, je me suis agitée dans tous les sens, je hurlais à l’injustice, mais ça rencontrait très peu d’écho. Le truc c’est que personne ne se rendait compte qu’en ajoutant son petit commentaire dans son petit coin, j’étais face à une montagne d’insultes alors que je n’avais rien fait à l’origine.

Encore une fois, on touche du doigt l’un des problèmes de la perception des agissements de la ligue. 33 pimpins ne font pas la loi sur twitter, même à l’époque. Ce sont les centaines d’accompagnants qui ont fait la différence. Ces centaines là qui font parfois cause commune avec les victimes d’aujourd’hui. Ces centaines là qui ont la plupart du temps zappé de se remettre en question en février 2019. Et ce pourquoi j’ai claqué la porte pendant des mois. C’est pas moi, c’est lui, ça va 2 minutes.

Le prix du lol. En fait, twitter était une vaste cour de récré, dure et hilarante. Certains membres se grisaient de franchir les lignes rouges les unes après les autres parce que le juridique ne pénétrait pas dans le territoire ; leur territoire. On voulait ABSOLUMENT ET À N’IMPORTE QUEL PRIX se marrer. Plus âgée, j’avais beaucoup plus de limites qu’eux, mais s’ils rencontraient un écho, c’est bel et bien parce qu’on faisait suivre, ça se répandait à chaque retweet manuel. C’était pas une erreur, tu le faisais sciemment. Leur création la plus hilarante faut bien l’avouer – enfin on leur attribue – était un faux compte de journaliste, Pascal Méric, avec les fameux ashtags #dansedesmots #netiquette et reconnaissons le : on s’est tous vraiment marré. Le problème vient de là aussi : ils étaient parfois, souvent hilarants. Si les choses avaient été binaires, ils n’auraient pas eu l’audience qu’ils ont obtenu. Et cette audience, cet impact ressentis par les victimes renvoyées à une terrifiante solitude face à la masse et au pouvoir, c’est bien nous qui les avons apporté sur un plateau.

Les élections présidentielles de 2012 ont sifflé la fin de la récré. Enfin c’est ainsi que je le perçois. Le printemps arabe avait donné une autre impulsion. Les officiels étaient arrivés au compte goutte entre 2009 et 2012. C’était beaucoup plus sérieux, on s’est tous pris au sérieux d’ailleurs, beaucoup trop, la vraie vie est arrivée en ce territoire. On a tous commencé à lisser nos comportements alors qu’on s’était conduits comme une bande de gosses attardés et cruels pendant des années. Il y avait une phrase très juste qui se disait beaucoup : facebook, c’était les potes d’écoles, twitter c’était les potes que tu aurais aimé avoir eu à l’époque. Vaste nuance et déclenchement de surenchère.

Est ce que les victimes officielles de la ligue sont bel et bien victimes ? Elles le sont, elles le croient d’ailleurs en toute bonne foi. Est ce que j’ai un avis nuancé sur certaines ? Bien sûr. Parce que précisément j’ai été des deux côtés de la barrière : j’ai trollé et j’ai été trollée et certains(nes) ont fait exactement pareil. Ce n’est pas parce que tu es victime un jour que ça t’exonère des saloperies que tu as commises avant. Mais ce qui compte c’est leur ressenti, je ne bataille pas ça. Ce n’est pas un billet pour les remettre en cause, c’est un billet de contexte  (en espérant que les gens savent lire…)

La responsabilité est collective. Tous ceux qui avaient un tant soit peu d’influence ont une part de responsabilité dans cette affaire. Et le plus ironique c’est que lorsque je lis certains tweets sur Benjamin Griveaux, j’ai très envie de donner rendez-vous dans 10 ans à certains ; ceux-là même qui pourraient me répondre que ce dernier est une personnalité publique et qu’ils ont le droit. Mais pensent-ils aux enfants de ce type ? Non. Ce qui compte c’est d’exister dans le déferlement, d’avoir apporté sa petite pierre à l’entreprise de démolition.

Hé bien c’est exactement ce qui se passait à l’époque. Twitter avait ses stars, hommes ou femmes (ha oui j’ai oublié de préciser que je ne crois pas un quart de seconde que les femmes étaient particulièrement visées par la ligue. Ils tapaient sur tout le monde) et chaque erreur se payait cash. Tu te levais le matin et tu trépignais à l’idée de hurler de rire sur le dos de quelqu’un ou pas. Et tu pouvais en fait finir l’après midi en chialant parce que c’est toi qui avais pris cher.

Il n’y a pas de syndrome de Stockholm. Tout le monde savait parfaitement ce qu’il faisait. Par contre peu se demandaient quelle soirée allait passer la victime du jour : oh ça va c’est pas grave ! Get over it ! Don’t feed the troll ! Combien de fois on l’a seriné cette p… de phrase sans réaliser que bien évidemment t’as envie de te défendre, de te faire entendre, que c’est le réflexe le plus humain qu’il soit. Mais les victimes étaient désincarnées, c’était une photo et des mots. Elles n’existaient pas pour de vrai. Elles étaient surgies de nulle part, sans passé, sans avenir, sans famille, sans boulot, elles n’étaient rien.

À chaque fois qu’on déshumanise les gens, on peut s’attendre au pire. Qu’ils soient des personnalités publiques ou pas. Le trolling continue sur twitter, le harcèlement continue, la même petite et poisseuse mécanique est à l’oeuvre chaque jour : à chaque fois que tu y vas de ton fiel, que tu tapes sur la vie privée, à chaque fois que tu relances d’un « connard », à chaque fois qu’un nom se retrouve en trending topic et pas pour le féliciter, tu es dans la même mécanique. Matthias a balancé cette liste sans réaliser qu’il faisait exactement la même chose que ses anciens bourreaux : jeter en pâture des noms désincarnés sans se poser un quart de seconde la question de leur implication réelle, leur passé, leur avenir, leur famille, leur taf. Il a balancé une liste en souvenir de ses souffrances passées que je ne conteste pas. Même si à l’époque il a pu être perçu lui aussi comme un troll. Isn’it ironic ? Ça n’enlève rien à son témoignage que j’ai trouvé très touchant, c’est d’ailleurs le seul que j’ai retweeté. C’est juste qu’encore une fois on barbote dans une ambiguïté crasse et des principes à géométrie variable.

Et toi ? Toi qui es si sûr de ton bon droit ? Toi qui te jettes comme un mort de faim sur l’erreur du jour ? À l’affut d’un bon mot, d’une bonne réplique, d’un tweet qui va se répandre comme une épidémie pour t’amener enfin la reconnaissance à laquelle tu as droit ?

Ne pense pas qu’avec le licenciement de certains membres, t’as réglé quoi que ce soit, tu t’es juste fait plaisir 2 minutes ; ces 2 petites minutes de plaisir où tu as le sentiment que l’ordre a été rétabli, ordre érigé évidemment selon ta propre morale, souvent à géométrie variable bien entendu. Et tu veux que je te dise ? Tu es accro à ces deux minutes.

Les mêmes fameuses deux minutes de plaisir qui ont fait « bander » la ligue pendant des années…

« The call to arms was never true
Time to imbibe, here’s to you
I’ll tell you stories bruised and blue
Of drum machines and landslides »

À Guillaume…

*Cette phrase a été modifiée suite à un commentaire.

15 commentaires sur “La ligue. 2007- 2012. (Lets take a dive swim right through).

  1. J’ai commencé mon blog en 2006, à l’époque de MySpace que j’adorais. J’ai débarqué sur FB la mort dans l’âme en 2009, puis sur Twitter en 2010 (c’était tard) .
    Je n’ai rien vécu de tout ça. Rien de rien de rien.
    Le double avantage de l’anonymat et de la vieillerie. Être un nobody a décidément des avantages ;-p

  2. Merci pour ce billet.
    Il manque cependant un élément au contexte: la grosse majorité des utilisateurs de twitter qui ne sont jamais rentré dans le petit jeu « cour de récré ».
    La lecture de ce billet semble suggérer qu’être utilisateur de twitter pendant 2007 – 2012 impliquait ces jeux stupides de moquerie et de copinage changeant de cour de récré. Il existe pourtant plein des gens qui ne sont pas tombés dans ces travers. Un élément de contexte facile à oublier car ces personnes sont invisibles pour vous car, par construction, ils n’ont jamais fait partie de votre communauté.
    Cela veut également dire que la vision « farwest » n’est pas une très bonne excuse: twitter était ce qu’on en faisait dans sa communauté. Si votre communauté était un farwest marche-ou-créve (ou plutôt moque-toi-ou-sois-moqué), c’est qu’il y avait des choix dans votre communauté de ne pas éviter cela.
    Ce n’est évidemment pas un reproche, mais juste un élément de contexte.

    1. Oui je suis d’accord avec ton commentaire 🙂
      Mais en l’espèce tous les protagonistes de cette histoire, victimes et bourreaux, faisaient partie du twitter dont je parle. Ensuite on parle d’un plan franco-français. Donc effectivement il y avait une grosse majorité de twittos qui poursuivaient son petit train train peinards, mais ce n’était pas le cas du reste. Ce reste-là a participé d’une manière ou d’une autre à ce western.

    2. @ Catnatt
      Mais justement, c’est là quelque chose d’important que ceux qui « remettent le contexte » passent totalement à côté.
      Je pense que la raison pour laquelle la réaction a été aussi importante, c’est la découverte du western et le niveau de cruauté psychologique entretenu dans celui-ci. Le fait que les « victimes » soient aussi « bourreaux » ne change pas ça: on a eu une cour de récré qui s’est transformée en « sa majesté des mouches », et c’est pour ça que certains membres de la ligue du LOL sont devenus socialement moins fréquentables.
      Je ne pense pas que la raison soit « ils ont été méchants avec les gentils », mais je pense qu’elle est « ils ont été méchants ». Le fait de n’avoir pas pu s’abstenir de partir en vrille dans le western est, je pense, le principal reproche.
      Et, oui, les « victimes » sont aussi souvent partie en vrille, et on peut trouver dommage qu’elles n’aient pas subit le même traitement ou qu’elles soient passées entre les mailles ou qu’elles aient été dépeintes juste comme victimes. Mais à mon sens, le problème n’est pas les victimes en tant qu’individu, le problème est à quel point le groupe était devenu toxique en trouvant ce comportement comme étant « la façon dont ça marche » et que les membres n’ont pas été capables de gérer ça (voire même ont été inconscient de ça).

      (Ou, pour le dire autrement, quand mon collègue Bob a envoyé / participé à / cautionné l’envoi de messages horribles à Billy, je me fous de savoir que Billy lui aussi envoie des messages horribles, ce qui me dérange, c’est que Bob en arrive à ces choses horribles sans se rendre compte qu’il y a un problème. Et, dans un travail où ce genre comportement est potentiellement très dommageable (pas pour des questions d’images, pour des questions de qualité du travail), je ne peux pas juste faire comme si de rien n’était et ne pas être mal à l’aise si je dois bosser avec Bob)

      Cela revient à mon premier commentaire: pour le contexte, il est important de rappeler que ce western n’est pas la norme. C’est le fait que le western ait pu exister, au milieu d’autres communautés qui, elles, ne sont pas partie en vrille, qui est le problème.
      Je pense que malheureusement, beaucoup de personnes qui aujourd’hui « remettent le contexte » passent totalement à côté de ça (avec des arguments du style « regardez, là aussi ils ont été méchants » ou « dans ma communauté, il y avait des méchants, mais j’ai pas participé tant que ça, j’ai même parfois râlé, et j’ai même parfois été victime », sans se rendre compte que ce n’est pas forcément ça la source de la réaction à leur égard).

    3.  » pour le contexte, il est important de rappeler que ce western n’est pas la norme »

      Ha bon ? Sur twitter ? Je vois pas trop de différences entre hier et aujourd’hui.

      C’est le principe même de ce réseau. Les trending topics sont rarement positifs et nous sommes bien d’accord que les trending topics sont les sujets discutés en majorité ? Quand Benjamin Grivaux s’y retrouve il en prend plein la tronche. S’il tweete quoi que ce soit, il y aura toujours quelqu’un pour lui dire de fermer sa gueule ou le traiter de connard. Il est bien victime, non ? Le western avec ses justiciers est le principe même de twitter selon moi. La période 2007-2012 était sans répercussions, la voilà la différence.

      Quant à « Et, oui, les « victimes » sont aussi souvent partie en vrille, et on peut trouver dommage qu’elles n’aient pas subi le même traitement ou qu’elles soient passées entre les mailles ou qu’elles aient été dépeintes juste comme victimes. »

      Je ne peux pas être d’accord. On ne peut pas s’exonérer de tout une fois qu’on a subi, une fois qu’on est passé de l’autre côté de la barrière, c’est trop facile.

      Pour finir « Mais à mon sens, le problème n’est pas les victimes en tant qu’individu, le problème est à quel point le groupe était devenu toxique en trouvant ce comportement comme étant « la façon dont ça marche » et que les membres n’ont pas été capables de gérer ça »

      Je ne peux pas présumer de ce qui s’est passé en interne et à aucun moment je ne dis qu’il n’y a pas eu harcèlement. Je dis juste que nous portons une responsabilité parce que si le groupe est devenu toxique, c’est bel et bien à cause de la popularité qu’ils rencontraient. Si leurs « créations » avaient rencontré le vide, ils se seraient vite lassés. Et rire et se moquer étaient la norme. C’est pas pour rien encore une fois que les sujets montaient en puissance et que nous finissions par être au courant. C’est parce qu’on faisait suivre malheureusement.

      Et en fait même la notion de groupe est problématique. Perso je ne peux pas être d’accord avec le fait que Guillaume ait été viré alors qu’à aucun moment il n’est cité par une seule des victimes. Une seule ! Et pour finir j’aimerais qu’on se livre un jour à un exercice : prendre tous ces récits de harcèlement un par un, nommés les coupables un par un et non pas la ligue qui est un concept et qu’on détermine l’ampleur du crime. Si c’était jugé, combien prendraient-ils ? Parce qu’en l’espèce là, ils prennent à vie. Certains le méritent, d’autres pas.

      On pourrait me rétorquer que c’est pour l’exemple. Allez, okay. Mais est ce que les choses changent ? Non. On s’est fait plaisir 2 minutes. Donc au final, je ne vois pas trop de différences entre ce qui s’est passé pour les victimes hier et ce qui se passe pour certains membres aujourd’hui. Et dans 10 ans, on demandera des comptes. Et rebelote…

    4. @ Catnatt
      » Ha bon ? Sur twitter ? Je vois pas trop de différences entre hier et aujourd’hui.

      Vous confondez « norme » et « minorité visible ». La norme, c’est d’utiliser twitter comme un moyen de communication normal. C’est ce que font la grande majorité de ses utilisateurs.
      Ensuite, oui, il y a les flamewars et les sujets trending, mais cela est généré par une minorité d’utilisateurs. Ce n’est donc pas la norme.

      De la même façon, les trains qui n’arrivent pas à l’heure ne sont pas la norme, mais ils font la une des journaux (« les trains qui arrivent à l’heure … » est une expression pour parler de ce phénomène, cela ne m’intéresse pas de savoir si dans tel ou tel région c’est effectivement le cas)

      » S’il tweete quoi que ce soit, il y aura toujours quelqu’un pour lui dire de fermer sa gueule ou le traiter de connard.

      Exactement, et ce comportement n’est pas la norme, car pour 1 personne qui fait ça, il y en a au moins 10 qui, bien qu’ils n’aiment pas cette personne, ne vont pas se mettre à l’insulter. Vous pouvez faire le calcul vous même: combien de comptes français actifs, quels pourcentages de ces comptes ont été exposés à ce tweet, et quel pourcentage de ceux-ci ont réagi violemment ? C’est seulement si ce dernier pourcentage est supérieur à 50% que votre affirmation est cohérente avec ce qui se passe réellement.

      » Et rire et se moquer étaient la norme. C’est pas pour rien encore une fois que les sujets montaient en puissance et que nous finissions par être au courant. C’est parce qu’on faisait suivre malheureusement.

      Je ne suis pas d’accord avec ça, et c’est le fond de ma remarque: je pense que certains, dans certains groupes (et parfois même « tous dans certains groupes », dépendant de la mentalité qui y règne), nourrissaient le phénomène, mais d’autres ne nourrissaient pas le phénomène.
      Ces personnes et ces communautés qui ne partent pas en vrille ne sont pas visibles (et, comme ce ne sont pas vos communautés, vous ne les voyez pas forcément), mais elles sont, à mon avis, bien plus nombreuses que les communautés qui partent en vrille.

      Le fond de ma remarque est donc ça: c’est facile de dire que « tout le monde fait comme ça », que « c’est la norme de se moquer », mais est-ce que c’est vrai ? Quels sont les éléments qui vous permettent de dire ça ? Combien de personnes ont tout simplement « pas accroché à l’ambiance » et sont partie avant même que ça dérape ? Combien de personnes n’ont tout simplement jamais utilisé twitter pour former des groupes pour diffuser des blagues potaches (et qui, par construction, n’ont donc jamais été dans les groupes qui partent en vrille) ?

      » Donc au final, je ne vois pas trop de différences entre ce qui s’est passé pour les victimes hier et ce qui se passe pour certains membres aujourd’hui.

      Pourquoi cela changerait-il lorsque la conclusion semble être « de toutes façons, tout le monde se comporte comme ça » ?
      Le problème, c’est l’aspect invisible de toutes ces personnes qui ne se sont pas laissé entrainer dans le western, et la logique qui viendrait dire que ceux qui se sont laissé entrainer sont des gens « comme les autres ». Ils ne sont pas des monstres, mais ils sont quand même différents de ceux qui remarquent à temps quand il y a un problème.

      Après, oui, le traitement tout autour est scandaleux, les « victimes » se comportent comme les « présumés bourreaux » (dont une partie est innocente, que ce soit clair). Mais être entrainé dans une logique de western n’est pas pointée du doigt comme « anormal » lorsque c’était les « présumés bourreaux » par ceux qui « remettent le contexte » aujourd’hui. Du coup, comment voulez-vous que ça s’arrête ? Pourquoi les « présumés bourreaux » auraient le droit d’être inconscient avec twitter mais les « victimes », elles, n’auraient pas le droit, surtout quand les défenseurs des « présumés bourreaux » ne condamment pas le fait d’avoir été inconscient comme une réelle responsabilité ?

      C’est juste trop facile de dire « sur twitter, tout le monde est un monstre ». Non, il y a plein de gens qui sont civilisés (qui ne vous sont pas visibles parce que, par construction, ils sont discrets et ne font pas partie de votre communauté). Ceux qui se comportent comme des monstres ne sont pas « normaux » (et à l’heure actuelle, ces personnes sont ceux qui attaquent tout les membres de la ligue du LOL sans discernement). Je comprends les circonstances et les mécanismes qui font que c’est difficile d’y échapper. Mais si vous voulez qu’aujourd’hui les gens qui utilisent twitter inconsciemment s’arrêtent, vous ne pouvez pas en même temps expliquer qu’utiliser twitter inconsciemment est normal.

    5. Hum

      Ton commentaire, Thierry, mérite réflexion, mais je trouve que tu as raison sur un grand nombre de points. Probablement que ma vision est biaisée, n’ayant vécu qu’un twitter western. Peut-être même que le peu de fois où je reviens (car j’ai pris énormément de distance), je me focalise sur les polémiques du moment. À ma décharge, c’est rarissime que je tombe sur une TL apaisée. Tu me rétorqueras que c’est probablement mon choix de following. Probable. Je suis en famille, malheureusement pas le temps de m’étendre, mais sache que ton commentaire me fait réfléchir.Merci 🙂

  3. J’ai pas trop connu ce Twitter français en 2010, car j’ai utilisé Twitter de 2009 à 2012 pour améliorer mon anglais, je ne suivais et échangeais qu’avec des anglo-saxons. Puis fin 2012, j’ai commencé à suivre des français. Donc je suis passée un peu au travers.
    Je trouve très grave que des gens aient perdu leur job à cause de cette histoire. Quelle époque de m….

  4. Du coup, le « Je me suis longuement foutue de la gueule de Capucine – allons, c’était un sport national de le faire, TOUT LE MONDE s’est foutu de sa gueule » c’est de l’ironie ou c’est vraiment une façon d’atténuer l’impact dudit foutage de gueule? Dans le genre « roh mais on l’a tous fait »

    1. Hum. Bonne question. Ni l’un ni l’autre. Capucine a vécu un enfer pendant une dizaine d’années et nous sommes tous responsables. Je conçois que ma formule est à minima maladroite.

  5. Je suis désolé mais je ne comprends absolument pas ou ce billet veut en venir. Je dois être de ceux qui « ne savent pas lire ». La méchanceté qui est décrite, même si entourée d’une mince contrition est encore palpable dans ces phrases. On ne se refait pas, vous vous êtes bien trouvé à l’époque. Maintenant faut se taire.

    1. Ok. Mais auquel cas le harcèlement que subissent certains membres encore aujourd’hui est de la même teneur. Donc que ces gens se taisent aussi.

  6. Tout ceci me fait penser par analogie à ce que mon fils m’a raconté un jour qu’il revenait du CP.
    Tout le monde se moquait, tapait, harcelait le petit P. Je lui ai demandé : toi aussi? Il m’a dit : oui.
    Je lui ai répondu: ce n’est pas bien. Je ne te demande pas de le protéger, je te demande de ne pas t’associer à ces garçons et filles qui font du mal à ce garçon qui n’a rien fait à personne.
    Mon fils, de lui-même, a pris la défense du petit P ( très légèrement retardé en fait), qui, depuis, est devenu un ami fidèle. J’ai aussi rencontré les parents, des gens très bien qui faisaient tout leur possible pour que leur fils ait une scolarité normale (ce qu’il a eu). Ce gamin avait des troubles d’attention mais je n’ai jamais vu un gosse aussi doué pour les jeux de société, et toujours de bonne humeur -parce que je l’ai beaucoup reçu.
    Comme quoi, à propos de la fameuse Capucine (je n’ai aucune idée de qui vous parlez, n’étant pas sur twitter), comme du harcèlement en général au travail/sur les réseaux (que j’ai vécu, que d’autres ont vécu) : il ne s’agit pas nécessairement de protéger les gens (je l’ai fait et ça s’est retourné contre moi ou n’a pas été compris) mais, au minimum, de ne pas lyncher avec la meute.
    Gardons notre dignité d’être humain et rappelons nous où est ce noyau dur de dignité.
    Ce n’est pas une leçon de morale de vielle conne ( jeune j’étais pareille), c’est une « mise en contexte… Non! Ce n’est pas une mise en contexte, c’est de savoir où sont ses valeurs. Il y a des principes (on ne met pas les pieds sur la table, on ne parle pas la bouche pleine). Il y a la morale (c’est mal de mentir, de voler, etc). Et il y a des valeurs : on ne harcèle pas avec la meute, on n’humilie pas les gens, on ne les piétine pas et on ne se laisse pas piétiner non plus, on sait où ça a mené en d’autres temps et même aujourd’hui, ici comme ailleurs.
    Bonne fin de semaine à toutes et tous, qui twittez ou pas.
    Et oui ce n’est pas le plus gratifiant…

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