Vieillir. Le vertige.

1 juin 2014 Non Par Catnatt

Pulco Time, nous sommes partis à Marseille pour passer 24 heures de rêve offertes par cette marque au nom de “la paresse a du bon”. Maligne, elle n’a rien exigé, nous avons tweeté, facebooké spontanément et je le confirme : la paresse a du bon ! Au milieu de cette joyeuse bande – l’émulation a tout de suite fonctionné ; dès 7h du mat c’était le dawa dans le train – Maxime Mach alias Justinbiebiere sur les réseaux sociaux, nous photographie.

 

Il enverra à chacun d’entre nous, au fil des jours, des photos qu’il nous a presque volées. Il y a quelque chose de frontal dans les photos de Maxime, ce ne sont pas des photos qui cherchent à s’évader de la réalité, elles ont les deux pieds dedans.

 

Je crois qu’on croise tous un jour une photo où on réalise que l’on a vieilli ; vraiment vieilli… Dans mon cas, ce n’était pas simple, la perte de toutes mes photos m’avait permis de ne pas voir les “ravages du temps” ; j’avais toujours eu 32 ans. Et même lorsque la vie m’a permis d’en retrouver quelques unes, j’étais formatée pour me voir comme une jeune femme.

 

Quand Maxime m’a envoyée le portrait qu’il avait fait de moi (qu’il en soit remercié), je suis restée choquée. Pas que je ne me trouve pas jolie ou séduisante, je trouve que je me tiens bien pour une femme de 43 ans, mais incontestablement, je ne suis plus celle que je pensais. J’ai pris 10 kilos en 3, 4 ans ; pas de malentendu, c’était nécessaire, filiforme pendant des années, cette prise de poids était la bienvenue. Je pense, un peu bêtement, qu’une femme qui vieillit est plus avenante avec quelques kilos en trop plutôt que sèche. Les joues se creusent, les rides apparaissent et sur un visage mince, cela peut donner un côté autoritaire et j’ai déjà l’air d’une femme que je qualifierai pudiquement ^^ de volontaire… Je me suis élargie du visage même si Isa me dit que c’est un effet d’optique et que je ne suis pas tout à fait comme ça. Mon visage s’est légèrement affaissé ainsi que mon cou.

 

Les rides. Il y en a une que j’adore qui ait apparu il y a quelques mois. Elle se situe entre mon nez et ma bouche et quand je souris, c’est comme si j’avais un deuxième sourire. Elle est comme un smiley, j’ai beaucoup de tendresse pour cette ride-là. Et puis il y celles autour des yeux : j’aime l’idée que le rire s’y voit plus que les larmes. Ma bouche s’est rétrécie et mon nez s’est agrandi aussi. Tout est légèrement mais sûrement modifié.
 
J’imagine qu’on a tous une photo un jour où l’on se pose sérieusement la question de la chirurgie esthétique. Juste du botox au coin des yeux et entre les sourcils. Remonter le cou. Combler les sillons entre la bouche et le nez. Combler, remonter, tirer, remblayer, raffermir. Cette tentation… Mais je sais que c’est illusoire et surtout j’ai déjà dit que je ne voyais pas comment on pouvait accepter de mourir dans la sérénité si l’on ne se voit pas vieillir. De facto, quand vous avez un visage qui en paraît 10, 15 ans de moins, votre départ peut vous sembler contre le cours naturel des choses. Je ne juge pas ceux et celles qui en font, chacun négocie avec ça comme il peut, mais je n’en veux pas (sauf si c’est réellement pénalisant, j’ai l’exemple d’une amie dont les paupières pesaient beaucoup trop. C’était nécessaire). Je tiens beaucoup à l’idée de vieillir naturellement même si c’est facile de dire ça à mon âge. Peut-être même que je changerai d’avis à ce sujet un jour, mais je sais que je m’exposerai à cette problématique. Je veux devenir une vieille dame souriante, bienveillante et attentive, je ne vois pas comment j’y arriverais si je suis préoccupée par mon apparence en permanence. J’aurais l’impression de me raconter une histoire de plus et croyez-moi, je m’en raconte assez comme ça !

 

Bref, j’ai regardé cette photo et j’ai accusé le temps qui passe. Quand je l’ai montrée à ma fille, elle s’est exclamée : “Mon Dieu, je t’ai jamais vue avec un regard aussi intense, tu fais presque peur !” . J’ai rigolé. En fait, toutes celles à qui j’ai montré cette photo m’ont dit que ce n’était pas vraiment moi car je suis tout en gesticulations. Mon visage se plie, grimace, s’exclame, rit, s’énerve. Maxime a su arrêter et le temps et le mouvement.

 

Le plus curieux de cette petite histoire, c’est que j’ai quasiment la même photo prise il y a dix ans. Je les ai comparées et j’ai pu toucher du doigt cette décennie :
 
C’était vertigineux et implacable.
 
Terrible et brutal.
 
Fascinant.
 
J’ai remonté le temps. J’ai regardé une photo de moi petite, puis à 23 ans, à 34 et 43. Toujours la même, mais la vie s’est inscrite. Elle n’a pas été simple, mais elle a été riche. Elle n’a pas été tendre, mais elle a été pleine d’enseignements. Et finalement, je préfère mon regard aujourd’hui qu’il y a 20 ans : j’y vois plus clair, je perçois beaucoup plus les choses, je me sens plus intelligente. Lorsque je regarde cette série, je vois que le sourire radieux que j’offrais en tribut à la vie à 5 ans s’esquisse à peine à 23, se mue en ironie à 34 et laisse place dix ans après à une acuité. Même si le choix est conscient, je trouve que ça dit vraiment quelque chose de moi…

 

Passé le choc premier de cette photo, j’aime ce qu’elle dit : que je regarde VRAIMENT les gens ; que lorsque je les écoute, je suis vraiment là. C’est quelque chose que j’ai appris. Surtout, puisque mon corps me lâche et que je n’ai plus les avantages de la jeunesse, je compte sur ce qui, à priori, va durer : mon cerveau et surtout, surtout…
 
Mon coeur !

 
 

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5 ans ? Copyright Papa

 

Je suis à droite évidemment (coucou Anne-so)

23 ans ? Je suis à droite évidemment (coucou Anne-so) Copyright Christophe Galud

 

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34 ans. Copyright Henri

 

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Copyright Maxime Mach


 
(Je rajoute “A lady of a certain age” de The Divine Comedy car j’adore cette chanson…Je la trouve élégante, tendre et implacable.)
 
“You chased the sun around the Cote d’Azur
Until the light of youth became obscured
And left you on your own and in the shade
An English lady of a certain age”

 

 
MAJ Pour l’anecdote, 6 heures après avoir posté ce billet et cette chanson, J’ai tapé la discut à la laverie avec une délicieuse et excentrique anglaise de 60, 65 ans. C’était un bien joli clin d’oeil du destin, je trouve.