Ambitieusement vôtre

Olga Spessiva in Prince Igor costume, ca. 1934

« Patrick Weber établit dans son livre «La reine Carla» un état des lieux, sorte de journal au quotidien. Il compare la première dame de France aux souveraines. Pour lui, Carla la solaire est «riche et Italienne comme Catherine de Médicis, amie des arts comme Anne de Bretagne, frivole comme Marie-Antoinette et libre comme l’impératrice Joséphine» » (Source Le Matin)

 

Chacun a ses références. Les miennes sont pathétiques, j’ai immédiatement pensé à la chanson de Nicole Croisille « Une femme »… « Tu chantais comme chante un enfant. Tu étais gai comme un italien. Quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin ». Je me permets une variation « Quand elle sait qu’il y aura de l’homme et du pouvoir ». La reine Carla.

 

Je l’observe depuis le début de cette aventure rocambolesque entre elle et Nicolas Sarkozy, le couple le plus improbable de la décennie. Je l’aimais bien pourtant, Carla. Carla Bruni. CB. Qu’elle porte bien ces initiales, notre belle ambitieuse…

 

« J’aime les hommes de pouvoir ». J’aimais bien son côté « j’assume ». Je la trouvais presque intelligente. Digne de notre curiosité. Elle qui se prétend de gauche. Je suis tombée sur BHL qui, en plein dans son marasme Botulo-philosophique (voir ici), a quand même réussi à sortir une phrase qui m’a interpellée. « Être de gauche, c’est ne pas penser que l’injustice est anormale, c’est trouver que c’est un scandale ». J’ai trouvé ça très vrai. La droite ne vous dira pas qu’en effet l’injustice est normale. Elle ne le pense pas. Le truc, c’est qu’elle s’en accommode. Alors que quand on est de gauche, ça nous fait bondir. Ça nous révolte. Ça nous met hors de nous. Dehors. Dans la rue.

 

Carla Bruni, si tant est qu’elle ait pu être de gauche, bascule gentiment dans la droite compassionnelle. Deux, trois œuvres de charité par ci, deux galas par là, elle n’est que le fantôme de ce qu’elle a pu être : une brillante panthère. Carla qui passe son temps à dire qu’elle ne pipe rien à la politique et qu’elle ne se mêle pas de ces choses-là (Par peur de se salir les mains ?), vient de sauter à pieds joints dans le merdier de son mari.

 

Petit rappel des faits : Harry Roselmack rappelle à l’épouse du Président que Dominique de Villepin a dit connaître le degré d’émotion qu’a provoqué le jugement de l’affaire Clearstream au sommet de l’Etat et la sonde sur la réaction de Nicolas Sarkozy. Sa réponse :

 

« Les faits sont têtus, vous savez, malheureusement. Je suis très stupéfaite par ce qu’on dit de politique sur ce procès. C’est un procès pénal, vous comprenez. Il s’agit d’une affaire pénale, pas politique. C’est tout ce que je peux vous dire (…)Mais je suis très étonnée par le peu de confiance que bien sûr Monsieur de Villepin, mais aussi visiblement les médias, accordent à la justice française, le peu d’indépendance qu’on lui attribue. (…) Je suis stupéfaite par ce genre d’allégations. » (Source Rue 89)

 

C’est encore mieux quand on regarde la vidéo. Parce que là, ça prend une toute autre dimension.

 

 

Je ne sais pas pour vous, mais ça m’a fait un drôle d’effet. Effectivement Catherine de Medicis n’est pas très loin. J’aime beaucoup cette dernière, pour avoir lu plusieurs biographies. Mais je parle là de la Catherine de Médicis dans l’imaginaire collectif. Et franchement, je ne ferai absolument pas un quart de seconde confiance à CB après avoir vu ça. Ce petit air supérieur et agacé qu’elle prend pour dire « Vous comprenez » comme si Harry Roselmack était un décérébré profond m’a choquée. Elle a, apparemment, menacé de quitter le plateau si celui-ci continuait d’évoquer ce sujet plutôt que ces œuvres de charité. Je peux comprendre. Mais à un moment donné, va falloir arrêter d’être faux-cul. Parce que là, Carla Bruni qui avait eu l’intelligence jusque-là de ne pas prendre les gens complètement pour des demeurés, vient de commettre une erreur. « Vous savez, les faits sont têtus ». Elle est bizarre, cette phrase. J’aurais pu comprendre « Les rumeurs sont têtues ». Mais « les faits » ? Les faits, c’est que de Villepin a été relaxé et que le parquet de Paris, legislativement parlant sous le contrôle du garde des sceaux, a fait appel. Serait-ce un genre de lapsus ? Elle se sent prise en otage parce qu’on lui parle une question sur le Président ? Faut envisager de changer de métier…

 

Je ne crois pas non plus que le fond du problème qui génère chez elle de l’agacement, voire des signes de lassitude, soit dans l’incompréhension du scandale Clairstream ou l’injustice faite à la vérité. Ou à son mari. Non, je crois que ce qui commence à lui faire perdre le contrôle, c’est de commencer à se demander si elle a fait un bon calcul. Et avec, tous les gens qui soulignent les erreurs du mari-investissement.

 

Je crois que Carla Bruni-Sarkozy (Je présente mes excuses, j’avais bizarrement omis de rajouter son nouveau nom, son nouveau trophée ? à son nom de jeune fille) flippe. Elle, au parcours impeccable, aristocrate italienne, top-model, chanteuse à succès d’estime et populaire, qui s’est reproduite avec un jeune et beau philosophe, doit sentir le vent tourner. Un frémissement. Les choses échappent à son contrôle. Elle a tenté de nous vendre un Sarkozy apaisé, avide de lecture, un homme ouvert. Deux ans après, où en sommes-nous ? Hum. Loin de Raphaël Enthoven, ça, ça ne fait aucun doute. Sur cette vidéo, elle est agressive. Elle a l’air méchante. Elle est hargneusement calme. Elle a l’air de ce qu’elle est, je crois surtout. Prête à tout. Et ça ne s’arrange pas en vieillissant.

 

42 ans. En 2012, elle ira sur ses 45 ans. Probable que cela la travaille. Sa beauté ne suffit plus à tout justifier. Elle ne suffira plus. Elle pensait peut-être racheter une conduite, une image à son mari grâce à cette fameuse douceur feinte. Force est de constater que cela ne fonctionne pas. Pêché d’orgueil ? Je crois que cette vidéo révèle c’est que Carla a peur. Elle est stupéfaite qu’on ose mettre en cause une institution de la République. Qu’on remette en cause l’ordre établi ? Je croyais qu’une artiste fonctionnait toujours plus ou moins dans la remise en question…

 

« Le pouvoir est une action, et le principe électif est la discussion. Il n’y a pas de politique possible avec la discussion en permanence. »

[Honoré de Balzac] « Catherine de Medicis »

 

CB va-t-elle faire de cette citation son mantra personnel ? Nous sommes face à un paradoxe. La femme du Président de la République française va jouer dans un film de Woody Allen. C’est étrange. On ne peut pas accepter une charge de cet ordre en continuant de jouer les saltimbanques. L’humain s’efface au profit du statut dans certains cas. Désolée pour la old school attitude, mais si on va par là, on va avoir droit à un duo sarkozien « Paroles, paroles » sur un clip du beau-père. Oui… Pal.

 

La France en 2010

 

Mais que diable pense Carla de ces… Choses ? Combien de couleuvres va-t-elle devoir avaler, son sourire en plastique collé aux lèvres ?

 

J’ai peur que son visage maltraité par l’esthétisme en vogue n’explose avec le trop plein de frustrations. Peut-être que Carla finira par lâcher, elle aussi, un « casse-toi pauvre con ! » à la critique de trop. On a pensé qu’elle avait de l’influence sur son mari. Je finis par me demander si ce n’est pas lui qui en a, finalement. Si vous voyez une rolex sur CB, avertissez-moi, ce sera le début de la débandade

 

« Ce qui fait la crédibilité d’une ambition, c’est le prix personnel qu’on est prêt à payer. »

[Nicolas Sarkozy] Cité dans le journal Le Point – 17 Mai 2007

 

T’inquiète, Carla, la note va être salée…

Crédit photo Flickr

1 commentaire sur “Ambitieusement vôtre

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