Les chansons tristes que je n’écoute plus, époque 3

13 avril 2011 4 Par Catnatt

Il existe des chansons que j’aime d’amour, que je n’écoute plus jamais. Leur effet est néfaste, ou alors il faudrait que je sois sûre d’être seule pendant des heures durant. Sauf que depuis que je suis mère célibataire, la solitude durable est devenue un fantasme.

 

Ces chansons ne sont pas toutes au même niveau. Certaines, je ne peux plus entendre ne serait-ce qu’un couplet. D’autres, je les mets exprès. J’aime bien être désespérée exprès parfois. Je me roule dedans. Je sais exactement quel morceau, à quel moment. Mais je sais aussi me remettre d’aplomb d’une chanson.

 

En même temps, j’écris cette petite série pour mes enfants. Je suis au bord de voir ma fille rentrer dans l’adolescence, et j’imagine qu’elle aussi, elle accumulera des morceaux tristes qu’elle n’écoutera plus au bout d’un moment.

 

Trois morceaux, d’une période précise. 18-20 ans.

 

Je suis passée direct à la période 3. Je reviendrais sur la précédente plus tard. Un jour, je suis partie de chez moi, il y eut une période un peu mouvementée dont je ne me vante pas, et puis, on s’est tous mis d’accord pour que je parte vivre seule à Paris. J’avais 18 ans. Si j’ai été un peu ivre de liberté, j’ai connu aussi beaucoup de solitude. Parachutée dans un lycée en plein milieu de terminale, loin de chez moi, sans amis, ce fut parfois difficile mais je l’avais voulu. Donc il fallait assumer. Mon père m’a donné, allez savoir pourquoi, les cds que ma mère a écouté tout le long de sa maladie qui a duré 9 mois. C’était parfois insupportable, elle restait enfermée dans sa chambre, la musique à fond, avec le même morceau en boucle.

 

J’ai entamé le deuil des années après sa mort, et cela grâce à la musique. Au départ, j’avais fermé la porte, je me suis anesthésiée. Les trois morceaux qui vont suivre, deux d’entre eux, je suis totalement incapable de les écouter. Rien que de les chercher et de lancer le début me met au minimum très mal à l’aise.

 

 

 

Adagio d’Albinoni. Ma mère m’a rendue folle avec ce truc, je me souviens d’être souvent partie en claquant la porte de la baraque tellement j’avais l’impression qu’elle nous emmurait vivants avec elle. Et puis elle est morte donc plus d’Albinoni. Une fois que j’ai eu mon appartement seule, à des kilomètres, un jour, j’ai inséré ce cd. Et mon chagrin immense, abyssal s’est répandu.

 

 

 

Leo Ferré “Avec le temps”. Même période, je crois que je faisais même des enchaînements suicidaires avec Albinoni. Même si j’ai beaucoup pleuré sur cette chanson, je m’y suis accrochée comme une dératée. J’écoutais vraiment ce que disait Léo, je me disais qu’il avait raison, qu’avec le temps, ça passerait, que ce chagrin qui me mutilait, partirait. C’était faux. Jamais la souffrance ne s’en va vraiment. Léo m’avait menti. Je ne l’ai plus jamais écouté.

 

 

 

10 CC “I’m not in love”. Maman adorait cette chanson… Et si je l’ai aimé indépendamment d’elle, à chaque fois que je la croise, je danse dans les bras de ma mère.