Le mutage : les oubliettes de twitter…

24 septembre 2012 15 Par Catnatt

 

 

Photographer: George Jackman

 

Il y a un truc qui me tape sur les nerfs sur twitter, c’est découvrir que quelqu’un m’a mutée (et épargnez-moi la tirade sur “mais tu es au-dessus de ça”, personne n’est au dessus de ça, c’est pas vrai ou alors par ex lady Gaga mais il faudra m’expliquer l’intérêt de suivre-mais-de-muter lady Gaga hein… hashtag #gné). La fonction “muter” sur certaines applications twitter consiste à ne pas unfollower une personne mais à la faire disparaître de votre timeline sans qu’elle puisse vraiment s’en apercevoir. Autrement dit à lui faire fermer sa gueule sans qu’elle soit au courant. Pour pas la vexer. C’est ce qui est généralement affirmé. C’est comme qui dirait affectueux, sentimental quoi. Faudrait à la limite que je prenne ça pour un privilège, une attention. (Note : faire livrer des fleurs à mes muteurs).

 

C’est “pour pas vexer”. Parfois quand je me laisse aller à ma nature tordue, je me demande si c’est pour pas me garder sous le coude au cas où on aurait un truc à me demander. Mais non, c’est forcément pour ne pas heurter ma-sensibilité-à-fleur-de-peau, ça me semble évident. Quand j’en arrive au point d’envisager cet élan du coeur un mutage, c’est qu’en général on ne me répond jamais et ce pendant très longtemps. Genre je pourrais twitter à ces personnes : “Hey toi, je veux danser la samba nue sur ta table de cuisine !” ou “Hey toi, je t’offre gratuitement la pipe/cunnilingus du siècle, c’est cadeau !” ou “Hey toi, je viens de gagner 350 millions au loto, on partage ?” elles ne répondent jamais. Jamais. Voyez ? Au bout d’un moment le DOUTE s’installe…

 

Alors autant je peux comprendre qu’on mute un hashtag autant quelqu’un, ça me dépasse. Je trouve ça dix mille fois plus vexant qu’on m’ait enfermée dans un placard virtuel plutôt que d’arrêter de suivre mes conneries et mes rares moments de fulgurance. Ne pas me vexer  ? D’où, sur twitter, on a peur de vexer des gens qu’on ne connaît pas ?

 

ALLO ?!

 

Non mais parce que faut regarder les choses en face, on se connaît pas, on n’est pas des amis, vous ne viendrez pas à mon enterrement (sauf quelques uns que je compte sur les doigts d’une seule main) et je ne viendrai pas au vôtre. C’est dingue de faire un truc pareil ! C’est ahurissant comme démarche. Mieux, c’est vicelard et faux-cul. En plus, c’est un peu comme quand quelqu’un vous dit : “Mais enfin, tu es dans le déni !”. Cette phrase me rend cinglée parce que tu ne peux rien répondre, t’es coincé quelque soit ta réponse. Me muter, c’est quelque part me mettre dans la position de quelqu’un qui péterait un plomb si elle était unfollowée (et croyez-moi si je le faisais systématiquement, je n’aurais plus le temps de faire autre chose sur ma tl), quelqu’un qui pratiquerait un genre de terrorisme intellectuel alors que le terrorisme intellectuel est bel et bien dans cette saloperie d’option “mutage”. Et donc si je pète les plombs parce qu’on me mute, je donne raison à celui qui a pris cette décision pour se mettre à l’abri de mon courroux, genre on vivrait en 1536 et je serais Henri VIII. On rêve…

 

Argh.

 

Et quand je pense que pendant ce temps-là, JE me tape leurs conneries à eux, ça me donne envie de tuer des petits chatons. C’est de la pure arnaque quand on y pense. Je n’ai jamais muté personne, moi. Vous me direz, t’as qu’à le faire. Je m’y refuse catégoriquement.

 

L’ironie de la chose, voire toute la beauté de la chose, c’est cette espèce de truc surréaliste qui se passe quand tu tweetes à la face du monde : “Je proposerais bien à tous ceux qui m’ont mutée de m’unfollower, ce serait plus sain mais je crains que ça ne soit pas entendu, c’est ballot”.

 

Ben oui… Forcément. Rapport au fait que précisément ils ont appuyé sur un bouton pour ne plus m’entendre. Du tout. Jamais.  Dans un grand élan magnanime, moi, Henri VIII de Twitter je leur pardonnerais mais ça s’assimilerait à pisser des tweets dans le violon du hashtag #MichaelJackson le jour de sa mort…

 

Ou alors ils ont des horaires d’ouverture et de fermeture : crac le lundi de 8h au dimanche 18h je mute la mère Catnatt, en fait c’est un jeu, je dois deviner quand je peux me faire entendre. J’en soupçonne certains de m’avoir mutée un triste soir de livetweet intensif devant la Nouvelle Star en 1984 et de m’avoir oubliée dans ce que je pourrais qualifier d’oubliettes de twitter et les oubliettes, tout le monde sait que c’est contraire à la déclaration universelle des droits de l’homme. Rapport au fait que c’est une coutume moyenâgeuse. Et le Moyen-Âge, tout le monde sait que c’est une époque moche.

 

Oui, j’aimerais bien leur dire aux gens “mais unfollowez-moi, je vous promets que je vous taperais pas si on se croise” (Je ne tape que les gens à qui j’en veux vraiment et ce verbalement, si, si je promets :p). Ca va, j’ai grandi, il est loin le temps où je confondais ça avec une négation du dedans de mon moi-même…

 

Mais si ça me tape autant sur les nerfs, c’est pas tellement une histoire d’ego, et si c’était le cas, j’aurais aucun mal à l’assumer. Non, c’est pas ça qui m’énerve. Ce qui m’agace, c’est que je préfère avoir des followers qui me suivent vraiment que 5011 dont 748 qui m’ont mutée. Au même titre que je milite pour la valorisation du temps passé sur un billet et non sur ce nombre de clics à la con, je milite pour une timeline “saine” ou si vous préférez une timeline “franche”.

 

Je vous saoule, arrêtez de me suivre. Personne n’est mort, personne n’est malade (enfin si mon personal branding mais il est comme le phénix, il renaît toujours de ses cendres). Mais par pitié, épargnez-moi votre faux-culterie à la con. Accessoirement, au bout d’un moment, ça se voit hein… et s’il y a un truc qui me tape AUSSI sur les nerfs… c’est d’être prise pour une conne.

 

J’ai horreur de ça.

 

D’autant que ça sera à coup sur un bon moyen pour que si on se croise, ça se passe pas très bien.

 

C’est ballot.

 

Ceci dit, j’envisage le mutage en live. Genre je croise ces personnes, elles me parlent mais je fais comme si elles étaient transparentes. Mais ça serait pas pour les vexer hein ? Ce serait pour préserver leur-sensibilité-à-fleur-de-peau. Promis, juré, craché sur l’application échofon/tweetdeck/Muuter.:p

 

MAJ de 8h45 : @e_M_a_n_u_ me signale qu’on peut muter sur facebook. Ca va chier… 😉