L’incompréhension

25 février 2013 8 Par Catnatt

Je viens de lire l’article de Voici – oui, oui, je sais, on est abonné au boulot et c’est même de ma faute mais qui trouve mieux pour détendre un client m’appelle… – sur Bertrand Cantat et Krisztina Rády basé sur un message téléphonique que cette dernière aurait laissé à ses parents quelques temps avant son suicide ainsi que le témoignage de son dernier compagnon. (Celui-ci allègue entre autres que Cantat aurait séquestré la mère de ses enfants toute une nuit.) Vous pouvez lire le résumé ici.

 

L’article est clairement à charge contre Cantat. Je suppose que Voici est sûr de ce qu’ils avancent car ils risquent gros vu ce qu’ils affirment : en clair, Krisztina Rády était une femme morte de peur face au père de ses enfants, pervers narcissique de première classe, l’empêchant de refaire sa vie, la harcelant ainsi que son compagnon du moment et l’ayant frappée. L’article est au présent, jamais au conditionnel.

 

Toujours selon l’article (J’essaie d’être très prudente), Krisztina Rády aurait été une femme battue, au moins des gifles à partir de 1998.

 

Je lis et je pose l’article, envahie par le dégoût et l’incompréhension. J’ai pour principe de toujours séparer l’artiste et l’individu (jurisprudence Céline) mais là, j’avoue qu’on atteint mes limites. Je crois que je ne supporterais pas d’entendre encore la voix de Cantat. Et Dieu seul sait que j’ai une passion pour cette chanson, “Le vent l’emportera”. Je suis restée, à l’époque, très prudente sur l’affaire de Vilnius. Même si Cantat était clairement responsable et qu’il était tout à fait normal qu’il aille en prison, je n’avais aucun avis définitif sur cette affaire. Pour autant, je ne défendais pas l’excuse du crime passionnel mais je pouvais envisager un dérapage atroce lié à la drogue et à l’alcool (sans que cela suppose le moindre début de justification). C’était idiot mais je vivais à Bordeaux à la fin des années 90 et à cette époque-là, là-bas, tout le monde était à deux degrés de séparation de Noir Désir. J’avais des potes qui étaient amis avec le groupe. Je voyais passer la petite famille en vélo. On était tous attachés à ça. C’était complètement con mais j’étais persuadée que s’il y avait eu quelque chose, on en aurait eu vent. Cet article suppose que tout le monde se serait tellement tu… Il ne faut pas raconter d’histoires, l’entourage très proche d’un pervers narcissique sait toujours de quoi il retourne.

 

Et puis, le doute. Le suicide de Krisztina Rády. J’étais mal à l’aise.

 

Et à la fin, l’incompréhension (Si, évidemment, tout cela s’avère bel et bien vrai, encore une fois restons prudents). Parce que dans cet article, Voici allègue ni plus ni moins que Krisztina Rády aurait menti au procès de Vilnius. Elle a affirmé que Cantat n’avait jamais levé la main sur elle or le papier affirme le contraire basé sur le témoignage des parents, entre autres. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de la condamner, vraiment pas. C’est juste que je ne comprends carrément pas et je vous assure que j’ai un seuil de tolérance très élevé. Si on m’explique, je peux tout comprendre, je crois. Mais là… Je veux bien tout ce qu’on veut, qu’une relation avec un pervers narcissique est complexe et que le travail de sape est tel qu’il est difficile d’agir indépendamment. J’entends tout ça. Mais, bordel quand on est convoqué à un procès pour meurtre, est-ce qu’on continue à être dans le déni ? Est-ce que le fait qu’il s’agisse du père de ses enfants justifie que l’on puisse mentir ? Comment peut-on regarder un juge et un jury et affirmer tranquillement : “Ras, passez-votre chemin, il n’y a rien à voir” ? D’après le dernier compagnon, elle aurait eu peur. Peur de quoi ? De son ex en prison à l’étranger ? Je ne vois pas comment on peut préférer mentir devant une cour de justice alors qu’il y a un cadavre ! Si ça, ça ne fait pas réagir jusqu’où ça peut aller, c’est dingue, non ?! Elle est où la limite ?

 

Je ne comprends pas. J’ai beau retourner le truc dans tous les sens, je reste démunie. Je relis la restranscription du message de Kristina Rady et j’ai mal au coeur.

 

Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la tête de cette femme ? La culture et l’intelligence n’ont rien à voir dans l’affaire. C’est la mécanique d’une relation pervertie jusqu’à la moelle qui est en cause. Et cela démontre bien que ce n’est pas parce qu’une histoire avec un pervers narcissique s’arrête que la mécanique cesse. Partir ou être quitté(e) règle le problème de forme, jamais de fond. Et pour que cette relation s’installe, encore faut-il qu’il y ait terrain favorable chez la victime. Toute personne un tant soit peu équilibrée et dotée d’une estime de soi à peu près constituée part en courant dès les premiers signes. Si on trempe là-dedans, c’est qu’il y a faille. Une faille tellement énorme qu’elle ne se résoudra qu’avec une solide remise en question et un gros travail de reconstruction. La perversion ne cesse pas avec l’incarnation. Elle cesse quand au fond de soi, on sait à peu près ce que l’on vaut et qu’on a acquis un système de défense psychologique solide.

 

Elle cesse quand on se décide à écouter cette petite alarme que l’on a tous au fond de soi et qui fait qu’on est interpellé et mal à l’aise face aux agissement de l’autre. Elle cesse quand on décide de ne pas continuer une relation avec quelqu’un qui fait retentir cette petite alarme. Parfois, sans preuves mais avec un sentiment de méfiance exacerbé. Peut-être que l’autre est très bien mais on ne prend plus de risque et on estime qu’il (elle) ne nous convient pas.

 

Malheureusement… Il faut bien avoir fait l’expérience de ce genre de lien pour pouvoir s’en méfier. In fine, l’on est en sursis toute sa vie ; veuillez m’excuser pour la comparaison un peu malheureuse, mais ça marche comme pour un ex-toxico, un ex-fumeur ou un ex-alcoolique :

 

On le reste, quelque part, toute son existence…

 

Et si vous ne l’avez pas encore lu, voici le texte  “Plainte” .