le 8 mars, c’est toute l’année : un compte-rendu mitigé

1 mars 2013 9 Par Catnatt

Ce soir, j’ai perdu ma virginité. #mouarf.

 

J’ai assisté à une conférence de presse de net d’un Ministre. Plus précisément, une conférence pour expliquer le dispositif de la journée des droits des femmes par la Ministre en exercice, madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes donc…

 

Quand j’ai reçu l’invitation, j’étais flattée ( merci@RazalParis 🙂 ) et très curieuse. Outre le sujet, j’étais intriguée par l’exercice.

 

Najat Vallaud-Belkacem a expliqué son projet qui consiste à avoir un 8 mars toute l’année. Un calendrier sera mis à disposition sur un site dédié avec toutes les initiatives. Elle a l’intention d’être sur tous les fronts et ce tous les jours : initiatives culturelles ( ex : des gens qui disent des textes de femmes toute une soirée) ou des choses beaucoup plus politiques (vérification des applications de loi, vote de lois, mise à disposition de 1000 jeunes en service civique pour faire progresser cause egalité etc). Comme dit @melclalex un projet extrêmement ambitieux.

 

 

Bon… Il y a probablement d’excellentes choses là-dedans, le problème à mon sens c’est que ça se disperse beaucoup et que je suis très dubitative sur l’impact final. Je pense, mais ce n’est que mon avis, qu’un seul chantier est largement suffisant. Je rajoute que l’égalité salariale c’est le nerf de la guerre. Je me permets d’en faire part à la Ministre qui me répond à juste titre qu’effectivement c’est une autre politique d’avoir un seul chantier mais que l’égalité salariale, c’est aussi s’attaquer à l’éducation et d’éviter que des femmes exercent des métiers sous-payés ; donc multiplier les champs d’action. Je ne peux qu’acquiescer. Après coup, je suis d’accord avec elle sauf qu’on pourrait très bien s’attaquer à l’égalité salariale du début (l’école) à la fin (l’entreprise) pendant toute une année.

 

Ca blablate beaucoup. Tout reste très théorique. Najat Vallaud-Belkacem fait son job entre investissement sincère et langue de bois. Pas facile, je le reconnais. C’est à ce moment-là que @lapeste rentre en scène. Nettement plus agacée que moi, elle se permet de faire remarquer que tout ça c’est bien mignon mais que cela ne concerne que très peu “Ginette au fin fond de sa province qui se fait tabasser par son mari ou la nana qui veut se faire avorter et qui ne sait plus où s’adresser”. La  Ministre ne se démonte pas, reste calme, déroule les intiatives concrètes (dispositif de portables pour les femmes victimes de violence étendus par exemple ou le renforcement du 3929 24 h sur 24). Mais c’est vrai que tout cela donne le sentiment d’être minime. Mais que peut faire un Ministre avec le budget qui est le sien en temps de crise ? Comme elle le soulignera plus tard, Najat Vallaud Belkacem affirme que tout n’est pas dans le financement mais aussi dans le changement de mentalités. Moi, pendant ce temps-là, je me demande où est passé le projet de loi pour que les femmes victimes de violence restent… chez elles au lieu d’être hébergées dans des lieux d’urgence pas assez nombreux.

 

L’échange est plutôt musclé avec @lapeste. Celle-ci ne laisse strictement rien passer. Le malaise dans la salle est palpable. J’enchaîne en expliquant que ce calendrier c’est très bien mais que infine, tout est au même niveau, petite initiative locale et lois, l’anecdotique et l’essentiel. Ca me gêne. Najat Vallaud Belkacem me rétorque qu’il n’y a pas d’anecdotique sur ce sujet. J’entends. Mais tout de même, tout cela me semble bien brouillon. Peut-être pas assez bien expliqué ? Pas assez de concret énoncé ?

 

@Politeeks enchaîne en suggérant de s’attaquer, concernant l’égalité salariale, à l’inspection du travail : pourquoi ne pas embaucher plus d’inspecteurs pour vérifier son application ? La Ministre – j’imagine gênée par le manque de moyens- rappelle que le gouvernement contrôle ce genre de choses. J’ai pas très bien saisi le dispositif mais apparemment la déclaration des salaires est vérifiée par “genres”. (Corrigez-moi si je me suis trompée).

 

L’ambiance a changé. On sent que la salle écoutant religieusement au début bruisse légèrement de contradictions. Et c’est à ce moment-là que je vais assister à une extraordinaire séance de passe-plat que je ne pensais pas possible dans ce genre d’exercice. Excusez-moi, c’était ma première fois. J’ai totalement halluciné. Une jeune femme a pris la parole et nous a déroulé un discours ultra bien rôdé sur la nécessité du 8 mars, que toute l’année c’était formidable, blablabla. J’en suis restée estomaquée. Je veux bien qu’on me démontre le contraire mais si cette personne était une vraie blogueuse non impliquée ni dans le gouvernement ni dans Osez le féminisme, j’ai assisté à un putain de miracle.

 

Car, oui, du coup la conférence reprend son cours  naturel. Nous baignons  à nouveau paisiblement dans le monde merveilleux des petits poneys féministes…

 

La dernière intervention m’a semblé plus sincère, la blogueuse avait l’air de réellement apprécier le dispositif de la Ministre mais – encore un miracle- conclut en demandant ce que le Ministère attend de nous : relayer ?

 

La conférence s’achève aussi tôt avec une invitation à déguster les petits fours (enfin j’imagine j’ai pas regardé la table) et d’aller boire un verre tous ensemble. Faut pas déconner, je me suis barrée.

 

Je regarderai évidemment le site “le 8 mars, c’est toute l’année”, le calendrier, toussa toussa, je vais relayer certaines choses évidemment mais il y a un truc qui me restera au fond de la gorge. Je ne suis pas du tout habituée à l’exercice, je vous dis, j’étais vierge jusque-là. Cependant, j’ai fait une bloquette sur le comportement des blogueurs présents. Le silence… Putain quel silence ! @MipMip me dira dans la cour quand on fumera une clope toutes les deux que c’est tout le temps comme ça et particulièrement sur ce sujet : les droits des femmes. Ou alors, la majorité présente était religieusement d’accord avec tout le dispositif ? N’est-ce pas notre rôle quand nous sommes invités à ce genre de trucs de faire entendre des voix dissonantes ? Pas forcément pour coincer la Ministre – c’est improductif ça, c’est même le rôle de l’opposition et nous étions plutôt politiquement à gauche pour ce que j’en ai vu –  mais pour soulever des doutes, des questions, approfondir ou contrecarrer ? Bref… Faire le job ? Celui d’un blogueur qui n’est ni journaliste ni Ginette mais le chaînon manquant entre les deux ?

 

Elle était où la contradiction ? Si c’est ça, assister à une conférence d’un ministère avec des gens des internets, c’était la dernière fois en ce qui me concerne. Passe-plat ? J’ai travaillé dans la restauration, c’est pas pour y retourner hein… (surtout sans pourboires :p )

 

 

Maj de 12H25 Le billet de @Politeeks avec une réflexion élargie : http://politeeks.info/rencontre_Najat