Mediapart, Cahuzac, les mots : le malaise

20 mars 2013 10 Par Catnatt

Postulat de base : je ne fais pas partie des détracteurs de Mediapart sur le fond. Ce qui m’a toujours gênée, ce sont leurs méthodes marketing : “feuilletonage”, mail de promo écrit par des journalistes expliquant grosso modo qu’avant ils travaillaient ailleurs mais qu’à présent depuis qu’ils sont à Mediapart, c’est vachement plus bat. Tout ça n’est pas bien grave et n’entache pas non plus le sérieux de leurs enquêtes.

 

Il y a eu l’affaire des quotas dans le foot avec un article doté d’une titraille assez douteuse – “Foot français: les dirigeants veulent moins de noirs et d’arabes” –  et d’un contenu plus ambigu que le titre suggérait. Quand on pense à ce que prennent dans la tronche l’Express ou le Nouvel Obs quand ils appliquent le fameux “La une cible les tripes. C’est à l’intérieur qu’on s’adresse au cerveau”, ça laisse rêveur… Mais accordons à Mediapart le fait de ne pas en faire une habitude. Je ne reparle pas de ça par hasard, c’est juste que le site a envoyé un mail de promo ce matin à ce sujet.

 

 

Je ne remets pas en cause encore une fois les compétences et le sérieux de l’équipe de Mediapart. Mais il y a quelque chose qui me gêne dans le service après-vente surtout avec l’affaire Cahuzac. J’ai fermé ma gueule depuis hier sur le sujet car j’avais le souvenir de l’affaire Woerth en tête. Je ne vais pas aller chercher mes tweets mais je ne suis pas certaine d’avoir fait preuve de pondération. Alors quand on a débordé verbalement parce que c’était le camp politique opposé, on a la décence de laisser les ravis de l’histoire s’exprimer (même quand on se retrouve avec des gens du front de gauche main dans la main avec des sympathisants ump).

 

 

Ce qui me met mal à l’aise, c’est l’usage du mot “Victoire” par Mediapart et Fabrice Arfi. L’ouverture d’une enquête judiciaire sur un ministre n’est pas une victoire. Revenons aux basiques et regardons la définition du mot victoire dans le dictionnaire en ligne larousse :

 

 

Issue favorable d’une bataille, d’une guerre : Fêter la victoire.

Succès remporté dans une lutte, une compétition : La victoire d’un joueur d’échecs.

 

Je ne savais pas qu’il y avait une guerre et/ou que Mediapart était en compétition avec Cahuzac. Je trouve le mot curieux. Pour moi, Mediapart a enquêté et informé ses lecteurs. L’issue n’est pas l’enjeu principal à mon sens et encore moins une victoire parce que ce genre d’affaire est toujours dommageable pour la République (ça ne change rien au fait que les enquêtes sont nécessaires évidemment, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit). Que l’équipe se réjouisse que son travail soit reconnu et entendu, je peux parfaitement le comprendre mais il y a des mots qu’on n’utilise pas sous peine d’instaurer un climat étrange. La presse en guerre contre les politiques ou la politique ? C’est malsain, non ?

 

Pour terminer, j’ai lu le billet de Daniel Schneidermann de ce matin. Il a raison. Je cite :

 

Depuis hier soir le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, déplore sur toutes les antennes que Cahuzac n’ait pas démissionné dès les premières révélations du site, en décembre dernier. Cette appréciation de nos amis et partenaires me semble malfondée, et même dangereuse. Un media n’a pas à dicter son comportement à une personnalité qu’il met en cause. Le rôle de Mediapart (que le site a magistralement rempli) est de faire des enquêtes. Aux mis en cause, ensuite, de gérer leur défense comme ils le peuvent, comme ils le veulent, d’où ils le veulent. Que l’investigateur et l’investigué restent chacun à leur place, et la démocratie sera bien gardée. Attention aux tentations de la surpuissance.

 

J’aurais quand même aimé poser une question à Edwy Plenel parce que je ne comprends pas un truc : Est-ce que dès lors qu’un journal sort une enquête sérieuse ou pas (quels sont les critères pour le déterminer, je serais curieuse de le savoir surtout à base d’enregistrements téléphoniques), la personne incriminée doit-elle démissionner ? Est-ce à dire que n’importe quel support peut sortir donc n’importe quoi et que tout le monde trouve normal que les conséquences soient immédiates ? Ou est-ce uniquement lié à Mediapart ? Ca commence où et ça s’arrête où ce genre de mécanique ? Est-ce que ce n’est pas à la justice de donner le tempo ? Est-ce que cette phrase de vous, monsieur Plenel, sous entend que dorénavant Mediapart se substitue à la justice ? On démissionne et on vérifie ensuite ?

 

Et pour revenir à l’affaire des quotas dans le football, si on suit ce raisonnement, est-ce à dire que les personnes incriminées auraient du démissionner immédiatement ?

 

Je n’ai jamais été une fana de l’arrogance et quelque part, Mediapart se situe là-dedans. Je peux comprendre ce qui les amène à ce sentiment car effectivement, ils sont à l’origine d’informations fondamentales, pour autant, ça ne le justifie pas. Comme dit Daniel Shneidermann, attention, effectivement à la surpuissance, ça peut être enivrant mais la gueule de bois n’est jamais loin.