recherche appartement désespérément : news & malaise des classes moyennes

19 avril 2016 15 Par Catnatt

buttes-chaumont

Vous avez été formidables. Je tenais à commencer ce billet par cette information. J’ai été très touchée, mes enfants ont été extrêmement touchés par votre solidarité. De parfaits inconnus ont débarqué dans nos vies avec des infos, des noms, des démarches. Les amis sont toujours là, des anciens qui ont redébarqué en force. C’est vraiment chouette ! Alors merci, merci, merci !

Bon, à côté de ça, il y a évidemment la déception envers des gens que l’on espérait et qui n’ont pas bougé. Oh pas pour une solution, non, juste un petit mot ; des gens que j’ai aidé auparavant. C’est pas grave, ça permet de faire le tri sans animosité. Il y a eu aussi quelqu’un pour me suggérer de me mettre au RSA et d’habiter en Auvergne. Pourquoi l’Auvergne, je ne sais pas. Quelqu’un pour expliquer que nous étions trop exigeants et qu’un T2 était largement suffisant pour une adulte et deux ados. Okay. Un fan de Stephane Plazza trop mignon qui m’a suggéré de le contacter parce que Stephane Plazza est trop sympa à la télé.

Ma demande de logement social a été déposée et validée. Plus que quelques papiers et j’aurais accès à locanonce. J’ai envoyé trois mails déjà à l’adjointe chargée du logement. La pauvre, ce n’est pas que je veux la harceler, c’est juste que je suis morte de peur. Encore.

C’est bien ça le problème, je pars dans tous les sens. Tous les interlocuteurs que j’ai eu en terme de logement social m’ont mis en garde. Je ne suis pas une urgence parce qu’il y en a de bien plus grandes. J’entends. Le truc c’est que je me demande à quel moment il a été entériné dans la tête de tout le monde que des gens comme moi n’avaient pas “droit” à Paris ? Que le mouvement naturel c’est la banlieue ? Pas que j’ai quelque chose contre la banlieue hein ? Mais juste qu’on a pas le choix en fait. Ma fille pleure tous les jours. Qu’est-ce que je suis supposée lui dire ? Que Paris malgré la volonté collective est en passe de devenir une ville uniquement accessible aux classes très aisées ? Et que l’État fait ce qu’il peut pour maintenir les gens modestes ? Et que nous sommes entre les deux ? Qu’est-ce que j’explique à une gamine de 17 ans qui a habité quasiment toute sa vie dans le 19 ème ? Mon fils lui fait preuve d’une bonne volonté inébranlable. C’est trop mignon.

Je suis très instable émotionnellement. Je passe de l’espoir à la panique. Hier soir, je me suis effondrée. Il y avait en moi un refus viscéral, quelque chose de primitif, l’idée de devoir quitter mon quartier me plongeait dans un réel désespoir. Je me suis installée en 2004, il a vraiment changé en 12 ans, de populaire légèrement mixé il a subi une gentrification et juste au moment où on commence à avoir des boutiques de fringues, des épiceries fines, on va devoir partir ? On a fait partie des gens qui ont joué le jeu, mis nos enfants dans les établissements publics, remonté le niveau et on va laisser la place à des gens plus aisés que nous ? Et vous trompez pas, on sait ce que c’est de vivre à 5 dans 45m2, je sais ce que c’est que de me retrouver sans logement, j’ai dû me séparer des enfants pendant 3 mois à cause de ça.

Je me retrouve même en train d’envisager d’acheter en banlieue. Le truc absolument inenvisageable ne serait-ce que la semaine dernière. Mais qui va nous prêter avec nos découverts réguliers ? Et qu’acheter ? Je me tape des vidéos de programmes neufs ciel bleu et immeubles impeccables inclus, je regarde les commentaires, c’est une catastrophe : retards, malfaçons, arnaques. Du coup j’ai peur. Encore.

Je reçois des annonces de locations du parc privé par des amis adorables, je me suis mis des alertes dans tous les sens, j’espère un logement intermédiaire, je regarde pour acheter, je m’agite et je m’épuise. Ça fait deux ans maintenant qu’on enchaîne les problèmes et je m’épuise. Cette histoire d’appartement je l’ai géré comme un sprint et me voilà à bout de souffle. C’est un marathon. Pour ceux qui ont suivi, vous noterez l’ironie du sort : après avoir “poursuivi” une association qui court, me voilà en train de courir…

Je voudrais que cette histoire soit réglée ici et maintenant. Je voudrais que ce qui m’arrive cesse de m’obséder toute la journée, je ne pense qu’à ça, je suis en boucle et ça ne peut pas devenir mon seul sujet de discussion pour les 6 prochains mois. Je voudrais rester dans le 19ème trouver un petit T3 où on continuera de voir le ciel et d’entendre les oiseaux, faire nos courses chez Simply et chez le boucher de la rue de Belleville, prendre le métro à Jourdain ou Botzaris ou place des fêtes et boire des verres à l’escargot ou au chacun fait… Je voudrais quelque chose de normal en fait, mais vraisemblablement les temps ont vraiment changé et ce qui était normal est devenu exceptionnel.

Ma pauvre histoire de logement dont tout le monde se fout (et c’est normal) percute nos problèmes de société : le malaise des classes moyennes ; celle qui a de plus en plus de mal à s’en sortir, surtout à Paris.

Qu’est-ce qui s’est passé ?