Alors, le changement, c’est comment ?

Temple of Aaron Women's League patriotic tableau

 

 

Premier constat, une république plus sereine. Ce qui est certain, c’est que l’accession au pouvoir de Hollande a apaisé les esprits. Même mon père, farouchement de droite, a confiance en Ayrault et Cahuzac (bon celui-là parce que Sarkozy l’avait « nommé » président de la commission des finances à l’époque). Mais finalement, si on y regarde de plus près, c’est calme parce que, pour l’instant, on ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé. Nous sommes dans l’expectative.

 

Même s’il est trop tôt pour se prononcer, je ne regrette pas mon vote ne serait-ce que pour avoir laissé le climat quasi-hystérique de l’ère Sarkozy derrière moi. J’aime aussi que l’UMP se débatte au milieu de ses courants et ce n’est même pas malveillant de ma part. Sarkozy et Buisson donnaient le tempo et on ne savait qui était sincèrement à leurs côtés ou qui fermait sa gueule en attendant des jours meilleurs. J’ai hâte de savoir qui va l’emporter entre une droite qui, en dépit de son amour du libéralisme, a des valeurs fréquentables et une droite qui fait dans le glissement de terrain vers les idées faciles et les impasses idéologiques.

 

J’aime aussi entendre « je ne sais pas » ou « je ne vous répondrai pas pour l’instant » au lieu de dérouler des chiffres approximatifs qui n’auraient pas manqué d’être passés à la moulinette du fast checking. . Ca nous change. J’aime l’augmentation du smic même si, effectivement, elle reste symbolique parce que justement… elle l’est. J’aime que le gouvernement n’ait pas traîné pour proposer un projet de loi sur le harcèlement sexuel même si, ne nous leurrons pas, n’importe qui a la place en aurait fait autant. J’aime que Valls annonce que la politique du chiffre envers des humains cesse même si certains sans-papiers ne seront pas régularisés pour autant : il faut remplir des critères clairs et c’en est fini, j’espère, des appréciations aléatoires de certains fonctionnaires zélés qui fonctionnaient plus par des convictions personnelles que de règles précises imposées par l’Etat. J’aime que Hollande soit dans le bras de… caoutchouc avec Merkel : ils sont obligés de négocier et j’espère que l’Europe en bénéficiera. J’aime que Ayrault annonce que tous les ministères, sauf ceux qui sont désignés, soient obligés de faire des économies parce que oui, nous sommes en crise, et que l’Etat providence ça se défend aussi de cette manière en attendant des jours meilleurs. J’aime aussi que Hollande réponde à une journaliste suédoise, en plein G20, qui lui demandait s’il était prêt à tout pour sauver l’Espagne : « Je ne suis jamais prêt à tout ». Encore un beau symbole.

 

Bref… j’aime beaucoup de choses. Pour autant, cela ne m’empêche pas d’être très critique. J’aimerais que le quinquennat de Hollande se distingue de celui de Sarkozy par ce trait : des critiques venant de son propre camp et qu’elles soient entendues. Je n’ai pas signé un blanc seing à Hollande.

 

Il y a un tas de choses que je n’aime pas même s’il n’en est pas fatalement responsable mais plutôt son propre parti : évidemment la présidence de l’Assemblée est allée à un homme. Pourtant, j’y tenais – encore – à ce symbole. J’ai détesté que Fabius rempile pour un ministère parce que oui, son « responsable mais pas coupable » retentit encore. Je n’oublie pas. Pour moi, Fabius ne devrait plus avoir de responsabilité nationale car il a été incapable de les assumer et ce sur un problème sanitaire abominable. Je n’ai pas aimé du tout, mais mes lecteurs le savent, la sortie de Trierweiler. Je n’aime pas du tout non plus la sortie de Filipetti sur la taxation des écrans d’ordinateurs qui seraient éventuellement taxés pour, je cite, « la garantie et la sécurisation de l’indépendance de l’audiovisuel public ». De qui se moque-t-on franchement ? Ca m’a prodigieusement agacé que Hollande utilise le même ton que Sarkozy quand on le met face à un couac de com. J’ai hurlé quand Najat Belkacem a annoncé qu’elle travaillerait, même si ce serait long (doux euphémisme) à l’abolition de la prostitution. C’est complètement ridicule surtout si on décide de ne pas impliquer les premiers(ères) concernés.

 

Mais…

 

Mais sans aimer et sans détester, j’ai constaté que gouverner était quasi chose impossible ou plutôt, ce n’est fait que de « tu préfères avoir des dents en bois ou des bras en mousse ? ». On l’a vu avec la petite histoire de Nicole Brick. De toute manière, la loi étant ce qu’elle est, on n’aurait pas vraiment pu empêcher Shell d’aller faire ses forages mais la vérité finalement, c’est qu’au vu du contexte, la priorité était donnée aux emplois plutôt qu’à l’environnement. Nicole Brick a servi de moyen de pression à Montebourg pour maintenir Petroplus : 550 emplois. En période de crise, que faire ? Oui, apparemment, ce forage est une catastrophe mais on va dire quoi aux guyanais qui rament et que va-t-on dire aux salariés de Petroplus s’ils perdent leurs emplois : désolé les gars ? Ce qui m’a le plus navré dans cette histoire, c’est la faux-culterie de certains membres du gouvernement qui expliquaient que c’était formidable pour Nicole Brick. De qui se moque-t-on ? Et était-ce si compliqué d’expliquer la situation aux Français ?

 

Oui, gouverner n’est que choix impossibles. Là où on améliore, on altère de l’autre, c’est ainsi. Il faut se choisir des priorités et s’y tenir. C’est un travail de fourmi, de niche, non, nous ne nagerons pas dans le monde merveilleux des petits poneys violets et heureux avec le quinquennat de Hollande. Il n’y aura rien de spectaculaire. Mais j’attends du gouvernement de la pédagogie parce que je crois que lorsqu’on explique correctement les choses, on peut faire accepter beaucoup. J’attends du gouvernement de la franchise et pas une hypocrisie trop vue. J’attends du gouvernement que lorsqu’il y a un couac, il ne se drape pas d’une dignité offensée mais reconnaisse que oui, parfois, ça merde.

 

En gros, j’attends une certaine honnêteté (et je me suis même mise activement à lire des papiers de l’opposition parce que je trouve ça sain d’être contredit). Et je crois que précisément à cause des choix que j’ai fait – EELV au premier tour, Hollande au second – je suis la mieux placée pour tirer à vue sur ce qui me déplaît dans les actions du gouvernement et du président. Si l’on veut que ce quinquennat soit différent du précédent, ça commence comme ça : esprit critique, vigilance et encouragements… de la part de ceux qui ont voté pour eux.

 

6 commentaires sur “Alors, le changement, c’est comment ?

  1. Une droite qui a du mal à trouver la faille. Des « économistes » néo-libéraux comme Pascal Perri qui approuvent la politique de FH. Des membres de ta propre famille de droite qui font confiance à Ayrault. La mort du créateur de Terra Nova (think tank de « gauche » qui a conseillé au PS de laisser tomber les classes populaires) saluée par la droite.
    Il n’y a pas de doute on a bien la même politique qu’avant l’agitation en moins et quelques pansements en plus.
    Pour les gens de gauche qui ont voté utile au premier tour et aux dernières législatives et qui n’ont pas donné les moyens à Mélanchon de pouvoir peser sur la politique à mener, cela ne doit pas être une surprise.
    Les fondamentaux comme ils disent ne sont pas bons. Il faut les modifier pour espérer qu’il y ait un vrai changement.

  2. Je partage un grande majorité de tes appréciations mais par rapport au point particulier du chantage habituel des systèmes productivistes : « emploi contre environnement » on ne pourra plus tout justifier très longtemps au non du maintien de l’emploi, à n’importe quel prix et pour fabriquer n’importe quoi dans n’importe quelles conditions sans perspective d’avenir durable.

    Justifier les galères contre la marine à voile au nom du maintien de l’emploi des galériens ne fera plus longtemps sens, lorsque la galère aura échoué ou sera prête d’échouer sur les récifs, ce qui est déjà le cas de beaucoup d’activités industrielles ou autres qui ne sont pas encore sorties des modèles classiques issus des trente glorieuses et plus généralement de schémas issus de la révolution industrielle du XIXe siècle.

    Le plus grand chantier des gouvernements à venir va être de mettre sur pied et de développer une filière économique viable des emplois verts et des eco-technologies et ne pas trop vite céder aux sirènes des conservatismes de gauche et de droite, qui des aciéries jusqu’au au nucléaire, en passant par les raffineries et les forages pétroliers, veulent tous, depuis leur propres intérêts, que rien ne change et que l’on garde les mêmes structures économiques et sociales qui font leur fond de commerce, que ce soit le patronat classique ou les syndicats les plus autistes (pour rester bien manichéen comme l’aime l’opinion française quand il s’agit d’aborder las politique ).

    Pour cela il faudra être en capacité d’anticiper et d’investir dans ces nouvelles activités plus éco-compatibles en se souciant prioritairement de la reconversion des galériens des industries les plus polluantes vers ces nouvelles industries plus propres.

    Bien sur tout cela ne se fera pas sans résistance pour les raisons évoquées mais malgré les concessions de retardement qui inévitablement seront faites dans ces périodes de transition, il importe de donner des directions et des objectifs clairs qui ne laisse pas espoir aux systèmes classiques de pouvoir à terme faire marche arrière en revenant par le chantage à l’emploi sur des décisions et des directions prises.

    C’est donc une nouvelle révolution industrielle qui est à mener, celle de l’écologie industrielle qui ne méprise pas l’activité et l’emploi mais qui ne parie pas par manque d’imagination sur la perpétuation d’un modèle économique obsolète pour se sortir d’une crise qui est la signature même du testament de celui-ci.

  3. Mon commentaire précédent « Je partage un grande majorité de tes appréciations … » s’adressait à CattNatt (et pardon pour les fautes d’ortho 😉 ) concernant le message de Patrick une vision de gauche qui ne tiendrait pas compte de la crise d’un système qui touche à sa fin, n’aurait pas beaucoup de sens et de chance de réussir, au risque même non pas de voir revenir la droite classique mais de faire arriver la droite extrême jouant sur les peurs et la résistance au changement. Se battre pour le prix des tickets repas à la cantine du Titanic montera vite ses limites 😉

    1. Votre commentaire est une interprétation sur des idées que je n’ai ni émises ni écrites. Il est extrêmement facile et intellectuellement facile de caricaturer les idées d’une personnalité qui dérange. Je pense que le comble de la paresse intellectuelle est de faire l’amalgame entre l’extrême droite et le front de gauche (Mes propos sont d’ordre général et ne s’adresse pas à vous).
      Pour ceux qui ont réellement lu les écrits de Mélanchon (et ne se sont pas contentés d’avaler les fadaises des médias), ce ne peut être une surprise d’apprendre que Nicolas Hulot a voté pour lui. La question écologique est la base du discours de JLM. C’est le premier chapître notamment de son « Qu’ils s’en aillent tous ». Ensuite, son approche économique est soutenue par l’économiste Jacques Généreux dont le dernier ouvrage « La Grande Régression » n’appelle pas à supprimer le capitalisme mais à rétablir un équilibre mis à mal par le néo-libéralisme actuel.
      Enfin je ferai un petit rappel historique : ce n’est pas Rosa Luxembourg et le mouvement spartakiste qui sont à l’origine de l’avènement d’Hitler mais les démocrates corrompus et incapables de la République de Weimar.

  4. Patrick,

    je ne fais pas ici l’amalgame entre l’extrême droite et le front de gauche, je dis que si la gauche ne réussit pas sa mission, elle ouvrira un boulevard à l’extrême-droite.

    Je répète qu’une vision de gauche qui ne tiendrait pas compte de la crise d’un système qui touche à sa fin, je ne dis rien d’autre.

    Là où je suis surpris c’est quand vous dites que « la question écologique est la base du discours de JLM » qu’il y ait mis des éléments écologiques, j’en conviens mais qu’elle en soit la base, j’en doutes.

    Sinon je serais impatient de le voir reprendre en main EELV, avec la même réussite et le même score, comme il a repris en main ses alliés du parti communiste et associés dont la fibre productiviste n’est pas totalement éteinte il me semble.

    Enfin ce qui est à l’origine de l’avènement d’Hitler, c’est le traité de Versailles et ses mesures vexatoires, Hitler n’aurait sans doute par trouver un écho suffisant auprès de la droite et des nationalistes allemands sans cela.

    Par contre dire que ce sont « les démocrates corrompus et incapables de la République de Weimar qui sont à l’origine de l’avènement d’Hitler  » c’est là adopter le point de vue (à leur grande satisfaction) de l’extrême droite.

    Mais vous avez peut-être raison si la république de Weimar n’avait pas était succédé par les fascistes, les spartakistes auraient sans doute permis que l’on ait eu une victoire plus rapide des alliés de Staline, la RDA pour l’ensemble de l’Allemagne. Le cholera à la place de la peste.

    Mais là nous explosons les records des points godwin 😉

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