Cher Dieu, t’habiterais pas vraiment à Bruxelles par hasard ?

Dieu
Dieu

Cher Dieu,

Ça fait un ptit moment qu’on se fréquente toi et moi et hier soir je me suis demandais si t’habitais pas vraiment à Bruxelles.

Pourquoi Bruxelles ? À cause de ce film que ma fille et moi on a adoré « Le tout nouveau testament ».

On l’a trouvé d’une poésie folle, drôle et grinçant, émouvant et réfléchi. Toujours est-il qu’hier soir comme cela nous arrive de temps en temps, on a discuté toi et moi. Je ne te demande jamais rien ou quasi, pour moi ça marche pas comme ça, les discussions avec toi, enfin mes monologues où je tente d’imaginer tes réponses sont plutôt un temps de recul, de réflexion. Hier soir je t’ai demandé si ça te faisait marrer de me faire galérer comme ça tout le temps. Et qu’évidemment tu avais bien dû ricaner en t’arrangeant pour que ça soit hier, le jour où je suis défaite, en pleine défaite, que j’ai peu dormi et beaucoup pleuré pour qu’évidemment…

Je ne me repose jamais, je suis un genre de François Perrin, j’enchaîne galère sur galère, problème sur problème. Demandez à mes amis, c’est proprement stupéfiant. Je m’en sors toujours, mais mon mode de vie est celui du combat. Je te vois d’ici : règle n° 576943 Nat aura toujours des problèmes de plomberie ; non en fait loi n° 576944 Nat aura toujours des emmerdes ET des problèmes de plomberie, voilà, c’est mieux.

Je me mets à pleurer quand je regarde la vue de chez moi, cet appart perché en plein ciel qui a désespérément besoin de travaux. Ça fait 12 ans que nous habitons là, c’est la maison de la reconstruction, le cocon, la maison de mes enfants. 12 ans de rire, de joie, de larmes aussi. L’école en face, le parc des Buttes Chaumont à côté, Virginie à 10 numéros. Je me mets à pleurer quand j’arpente les rues parce que c’est chez moi. Je suis morte de peur à l’idée d’être mise à la porte avec les enfants, je sais que la dégringolade commence comme ça et que ça n’arrive pas qu’aux autres. Mais je sais aussi que j’ai de grandes chances de m’en sortir, je suis entourée, j’ai un réseau, je suis débrouillarde, je ne suis pas une mère célibataire au smic isolée. Il y a largement pire que moi.

Quand les copains de Charlotte ont appris la nouvelle, ils ont demandé ce qu’allait devenir le canapé ; ce canapé défoncé, ce canapé d’angle ultra confortable, ce canapé où ils ont squatté si longtemps, des histoires de la primaire à celles du lycée. Cet appart qui ne ressemble plus à rien, mal foutu mais qui nous va si bien, tous les potes des enfants l’ont toujours adoré et c’est une part de leur enfance, de leur adolescence qui s’en va avec notre départ. J’imagine qu’il y a eu des premiers baisers, des premières conneries, c’est le lieu des premières fêtes pour eux, c’était le refuge pour l’une d’entre elles, les premières discussions sérieuses, c’est du souvenir. Je me mets à pleurer aussi quand je pense à ça.

Mais je sais aussi que le temps du changement a commencé il y a un petit moment. Rien ne dure jamais. C’est ma fille qui réagit le plus mal au fait que nous soyons foutus à la porte avec un papier d’huissier. À quel moment cela n’a pas traversé l’esprit des propriétaires de passer un coup de fil à leur locataire depuis 12 ans ? D’humaniser tout ça ? Je comprends qu’ils veuillent le récupérer, mais pas de cette façon-là, c’est dégueulasse.

Je sais que c’est un nouveau cycle de vie qui commence, qui a commencé depuis un moment, je le sens, je le respire, je sais qu’il y a de fortes chances pour que ça soit bien, pas parfait loin de là, mais chouette. J’oscille entre espoir et crises de panique et c’est épuisant. Les enfants ont peur aussi. Ma fille surtout, Baptiste, lui, a une aptitude extraordinaire pour fermer les écoutilles. Charlotte a dormi avec moi hier soir, ça faisait une éternité que ça n’était pas arrivé. Mon fils lui s’est borné à me dire « J’ai confiance en toi, tu vas trouver une solution ». Sa foi inébranlable en moi sur ce genre de sujets…

Il faut à nouveau se mettre en mouvement, je crois que c’est que tu essayes de me dire, Dieu ou si tu préfères que je t’appelle comme ça, cher hasard, cher destin. Rien ne dure jamais, c’est ainsi. La vie c’est de la bousculade.

Je ne sais pas ce que j’ai fait pour que tu me bouscules tout le temps, mais je suis sûre d’une chose, c’est qu’à chaque fois j’apprends et je gagne en humanité. Je peux partager avec les autres mes expériences, j’essaye d’apporter de l’aide, je développe mon empathie parce que je peux dire souvent « t’inquiète pas, ça m’est arrivé et je m’en suis sortie ». Je continue à commettre des erreurs, je suis souvent à côté de la plaque. J’essaye… Présentement telle que tu me vois, je suis morte de peur, mais je prends sur moi comme je peux. Ça faisait très très longtemps que je n’avais pas eu peur comme ça, j’avais presqu’oublié cette sensation viscérale qui te prend au ventre et te donne envie de courir dans les rues en hurlant « On va tous mourir ! »

J’aurais préféré me consacrer autre chose qu’à une bataille pour trouver un appartement viable pour ma famille. J’ai fait une promesse et je la tiendrais. Je vais tâcher de mener de front ces deux combats. Je suis morte de peur, toi tu habites probablement à Bruxelles, j’ai peur de ce changement, j’ai envie et je n’ai pas du tout envie de changement, toi ça te fait sourire, tu continues de me pousser dans mes retranchements, mais peut-être que toi et moi, on rira franchement dans un an de cette énième galère qui m’aura amené quelque part, mais toujours sur ce chemin, cette quête de sens, oui, cette éternelle question qui me travaille au long cours :

Est-ce que ma vie a un sens ?

10 commentaires sur “Cher Dieu, t’habiterais pas vraiment à Bruxelles par hasard ?

  1. Un souffle, un ciel bleu, une main tendue, ce que tu veux demandes. Dans ces moments de grand vertige, ou nos enfants sont concernés’ ou notre vie de mere est une tempête, ou la protection de nos enfants est en jeu, il est essentiel d’avoir des amarres pour tenir. Tu ne seras pas « en dégringolade » parce que personne ne te laissera tomber. Dans tous les cas, a toute heure, moi je suis là. Parfois juste une main tendue fait la difference.

  2. chère catnatt

    n’aies pas peur de ton ombre
    écoute un peu ton fils
    et n’oublie pas qui est le meilleur ami du mensonge
    (je t’aide : c—-r)

    bien à toi

    dieu

  3. A chaque épreuve se pose la question du sens, à chaque silence répondant aux questions trop violentes, se pose la question divine.
    A défaut de croire au destin, comme à la providence du reste, il y a me semble t’il deux façons au moins de se répondre.
    En accordant au temps le droit de passer, et à la réflexion de marquer son territoire, on peut se croire victime, et s’accabler, c’est naturel, légitime, il manque parfois la force, l’énergie à résister.
    On peut aussi, et c’est la vertu de ce fameux temps qui passe, transformer l’inévitable de façon optimiste, et considérer une fois l’accalmie revenue à la surface des eaux anciennement déchainées, que ce qui est arrivé le devait, pour nous conduire à une nouvelle île, un nouveau refuge, pourquoi pas une nouvelle rencontre, une nouvelle parenthèse de bonheur fut-il éphémère.
    Car le coeur de tout ce qui nous porte, nous transporte, nous protège, nous défend, nous illumine, reste et restera toujours, comme un roc, un diamant à la brillance inaltérable, l’amour de nos enfants.
    Tant qu’on a la santé dit la phrase populaire et souvent moquée, à tort.
    Tant qu’on a la santé.
    Que l’amour de tes deux pupilles t’aident à maintenir les yeux clairs, et grantouverts aux opportunités futures, qu’elles t’aident à fermer les robinets pour ne pas que trop débordent les baignoires bleu ciel.
    Et comme dit mon frère africain philosophe à chaque coup de massue du sort, et la formule est magique :
    Un jour, nous rirons de tout cela.
    Courage force amour et tendresse bella.

  4. Chère Catnatt,
    Dieu c’est toi, c’est chacun de nous. Il est en toi, plus tu lui secoueras la couenne et plus il te mènera où tu le voudras.
    On refait des erreurs similaires jusqu’à ce qu’on les comprenne, qu’on les surmonte et qu’on les accepte. Après, étonnement elles foutent le camp.
    Ton fils a confiance en toi et il a raison. Tu attrapes cette confiance par les oreilles et tu la chevauches comme un dragon. Tu vas voir, coucouche panier la panique, tu vas gérer en déesse que tu es.
    Bisous.

    1. Je commence à digérer la nouvelle. En fait ça était ultra violent ce papier d’huissier.

      Mais je digère, j’ai mis en place une stratégie, je vais m’y tenir et on verra bien. Je vais attraper cette confiance aveugle par les oreilles effectivement et la chevaucher comme un dragon.

      J’ai plus qu’à me teindre les cheveux en blond platine et me coller des extensions et je serai la Khaleesi du logement social 😉

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