L’éternelle rencontre

27 décembre 2010 16 Par Catnatt

"Top Women" at U.S. Steel's Gary, Indiana, Works, 1940-1945

Noël et son cortège de drames, de joies, de règlements de comptes. La petite phrase qui fait toujours plaisir. Tant d’amour pour faire mal, bref, passons, la famille, ce nid à névroses.

 

Ce qui me fascine le plus dans toute cette histoire, c’est que les gens qui sont censés le plus m’aimer, ne me connaissent absolument pas. Et je me demande si ça sera le cas pour mes enfants et moi. Grandiront-ils de telle façon que je ne serais pas capable, moi, leur mère, de les voir tels qu’ils sont, de connaître leurs véritables aspirations, leurs rêves, leurs univers respectifs ?

 

Je regarde mon père et il m’aime, je le sais. Mais il n’a pas la moindre idée de ce qui me fait vibrer, ce que j’aime, qui je suis in fine. Il aime passionnément une étrangère, une petite fille devenue adulte, un être auquel il n’a jamais strictement rien compris. Sa version des choses lui convient et à l’âge qu’il a, je lui accorde le répit.

 

Aucun membre de ma famille, à part peut-être ma nièce et mon neveu qui me lisent, je crois, ne sait ce qui me constitue. J’aime la vie que je mène même si elle est dure. J’aime infiniment mes amis. Je suis à fond dans ce projet de la rubrique “I am a citizen” de Izine, pointer du doigt ce qui ne va pas dans notre société et trouver des modèles alternatifs de société. Ca, ça me fait tripper. Non, je n’ai aucune intention de vivre avec un homme, et non, je ne me sens pas seule et non, je n’ai pas peur. Non, réussir professionnellement ne m’intéresse pas si ça n’a pas de sens derrière. Tous les schémas de mon père n’ont aucune place dans ma vie, nous sommes deux parfaits étrangers de ce point de vue là.

 

Et voilà, que je touche du doigt le fossé entre lui et moi. J’essaye chaque jour que Dieu fait, de donner un sens à ma vie. Je me demande à chaque instant ou quasi ce que je suis exactement en train de faire. Je crois que mon père a vécu sa vie en faisant son devoir. Enfin, il a essayé. Je ne suis pas sûre qu’il se soit demandé à quoi ça servait tout ça, si toutes ses actions mises bout à bout avaient un sens. Je ne suis pas convaincue d’avoir raison de me triturer les méninges ainsi, c’est fatiguant. Mais je n’y peux rien. Je ne peux pas changer.

 

Je suis sa fille, je suis sa chair, je suis son sang, et il ne me connaît absolument pas. Je crois que parfois, même, je lui fais peur, car je suis l’inconnue, celle qui n’obéit à aucune des règles qui donnent le tempo à sa vie.

 

Je ne sais ce que je peux faire pour ne pas en arriver là avec mes enfants. Comment puis-je rester connectée à eux malgré les conflits, malgré la vieillesse, malgré la vie ? Que faut-il que je garde en ligne de mire pour accepter qu’ils deviendront ce qu’ils sont, non pas une projection que j’aurais d’eux, enfants ,et que j’agrandirais comme ça m’arrange ? Comment réussir à accepter que “la photo” que j’ai prise d’eux, petits, ne correspond plus à la réalité ? Comment rester proche d’eux ? Vraiment ? Sans qu’ils me mentent parce que c’est plus facile, sans qu’ils fassent semblant avec moi pour avoir la paix ?

 

Je crois qu’il faut accepter en tant que parents, que non, nous ne connaissons pas si bien nos enfants que ça. Ce n’est pas parce que c’est notre chair et notre sang, que nous savons. Nous devrions être capables de les envisager comme de parfaits inconnus et d’avoir apprendre à les connaître.

 

C’est peut-être ça le fond de l’histoire. Réaliser que les enfants, nous les rencontrons deux fois. Quand ils naissent et quand ils deviennent pleinement eux-mêmes. Ou, ce serait bien de se donner des rendez-vous de vie où ils pourraient déballer leurs aspirations, leurs rêves, leurs chagrins, leurs espérances. A vingt ans. A trente ans. A quarante ans.

 

Ou, mieux. Toujours regarder nos enfants comme d’éternelles rencontres, accepter d’être surpris et ne jamais en finir de les rencontrer encore et encore. Rester humbles. Etre parent d’un être humain n’a jamais signifié pour autant posséder les clés de son âme…