De la prostitution

9 juillet 2012 33 Par Catnatt

Japanse Yoshiwara-meisjes, prostituees geëtaleerd achter tralies in een Japanse amusementswijk. 1931 of eerder.

 

Je m’agace régulièrement sur twitter à propos du projet d’abolition de la prostitution de Najet Belkacem, autant écrire un billet finalement.

 

Le dernier truc en date, c’est un manifeste co-signé qui confond allègrement esclavage et prostitution. La société s’est prononcée contre l’esclavage et de fait, il a disparu (au moins en France). Personne ne reviendrait là-dessus sous peine de se faire lyncher Dieu merci. Pour autant, l’esclavage continue d’exister officieusement dans notre beau pays, mais il est minoritaire. Donc le projet serait identique pour la prostitution : l’abolition et pas l’éradication (A noter comme le souligne Isabelle Germain que 80% de la prostitution est liée à la traite des femmes donc j’insiste bien sur le fait que je parle de prostitution et pas de traite des femmes).

 

J’ai un problème avec cette comparaison parce que jamais je n’ai entendu personne dire “Je suis esclave librement et j’entends le rester” contrairement à la prostitution… Célina m’a répliqué sur twitter que certains esclaves s’étaient prononcés contre l’abolition de l’esclavage. Oui c’est arrivé mais contrairement aux prostitués(ées), ils n’avaient pas de point de comparaison entre deux vies. J’imagine que cela devait leur sembler effrayant, conditionnés dès leur naissance à ce statut. Or on ne nait pas pute…

 

Quelques voix (20% donc) s’élèvent pour dire qu’elles (ils) sont prostitués librement et estiment qu’elles (ils) ont le droit d’exercer cette profession car c’en est une. Je vais être franche : ça ne m’arrange pas. Je ne crois pas un quart de seconde au monde merveilleux de la prostitution épanouie. Je crois, mais c’est mon avis personnel, que tout cela prend racine dans un mal-être quel qu’il soit. Mais en attendant, et quoi que j’en pense, je suis bien obligée de tenir compte de ces voix. Nous sommes en démocratie et le système auquel je me fie m’impose de les écouter. Donc la prostitution serait une catégorie socio-professionnelle à part entière et la société devrait plutôt s’interroger sur un genre de convention collective, ce qui n’est pas du tout la même chose qu’une abolition. La moindre des choses, c’est que ces 20% soient entendus, écoutés dans ce débat. Si on part directement vers l’abolition, c’est faire fi de ces existences.

 

Après, certains(nes) tiennent des raisonnements de type : je préfère être une pute que de faire les 3 huit. J’entends. Je ne suis pas d’accord pour mettre les deux choses sur le même plan pour la bonne et simple raison que l’atteinte aux corps n’est franchement pas la même. D’autre part, les 3 huit sont régis par des règles quoi qu’on en dise. La prostitution, c’est le far west à côté ; il y a pénétration à tous les niveaux : bouche, sexe, anus. Entre avoir mal au dos et le vagin défoncé par un connard, bon, ben j’ai envie de dire que c’est pas la même chose hein… Il y aussi ceux et celles qui prétendent que le mariage serait un genre de prostitution. Là, je coince pareil. C’est comme mettre sur le même plan le nazisme et le communisme. Il y a quand même une différence fondamentale sur la théorie à l’origine. Après, les actes, c’est autre chose, nous sommes bien d’accord. Toujours est-il que la prostitution à tous les étages, j’adhère moyen.

 

Par ailleurs, la maison close est une solution qui revient à chaque fois. Et de citer les exemples belges ou hollandais. Eh bien, si pour échapper aux 3 huit, on se rend dans un de ces endroits, c’est marrant, il est quand même question de travail à la chaîne… L’hygiène est en majorité douteuse, les filles tenues à une certaine cadence au nom de la sacro-sainte rentabilité. Je ne suis pas sûre que cela soit une solution. Et il y a quand même un problème de taille dans les maisons closes : c’est qu’elles sont dirigées par quelqu’un d’autre que le (la) prostitué(é) avec toutes les dérives que cela suppose. Alors à moins d’envisager des kolkhozes du cul, je ne crois pas à cette porte de sortie.

 

Le truc, c’est que personne ne l’a la solution. C’est bien ça l’emmerdant. On pourrait imaginer un système où la (le) prostitué (e) se déclarerait comme un type de profession libérale et que des entretiens seraient organisés pour vérifier le libre arbitre du professionnel avec des solutions si cela s’avèrerait ne pas être le cas. Est-ce que cela va convenir à cette profession d’être fliquée pour son bien ? J’en sais foutrement rien. Je réfléchis sans avoir le moindre début de solution qui tienne la route.

 

On peut aussi attaquer par l’autre côté à savoir le (la) consommateur (trice). Il y a toujours eu de la demande. On dit que c’est quasi exclusivement un truc de mec. C’est vrai. En même temps, j’ai tendance à penser que c’est parce qu’aller voir une pute ne se fait pour une femme. Finalement, si nous sommes honnêtes, si nous étions élevés comme les garçons, je pense que certaines prendraient plaisir à aller payer quelqu’un pour qu’il exécute exactement ce qui leur passe par la tête. La violence, même la douce, n’est pas l’apanage des hommes. A titre d’exemple, je connais deux hommes qui ont été violés par des femmes. J’en connais même un qui se fait régulièrement battre par sa nana (l’on voit bien que le ressort n’est pas la puissance physique mais la manipulation et la soumission).

 

Alors quoi ? Il faudrait pour que la prostitution disparaisse qu’il n’y ait plus de demandes à savoir, à priori, une vie sexuelle épanouie avec son conjoint. Bien. Bon, déjà cela sous entend que tout le monde ait un conjoint. Scoop, ce n’est pas le cas ! En plus, il faudrait que ça soit la grande éclate au pieu. La majorité des couples que j’ai connu, que je connais et que je connaîtrai se font chier au bout d’un moment. Pour autant, comme on me l’a fait remarquer, tout le monde ne va pas aux putes. C’est « un état d’esprit ». C’est vrai…

 

J’en connais. Ils y allaient même en bande, joyeux lurons qui se tapaient la tournée des grands ducs, entre bars branchés et maisons closes à la frontière. (coucou si vous lisez :p ). C’était sous prétexte de fun. Une fois. Deux fois. Trois fois. XX fois ? Où est le fun dans la répétition ? Ce qui est de l’ordre de l’expérience devient une manie et moi je me méfie des manies (comme des collections). En y réfléchissant bien, non ce n’est pas un état d’esprit, c’est une misère sexuelle quoi qu’on en dise. Il y a un dysfonctionnement. Il y a en d’autres qui ne vont pas aux putes mais aux masseuses (eurs) : sucer n’est pas tromper que diable, tout va bien avec ma femme. Une fois ? Deux fois ? Trois fois ? XX fois ? Est-ce que tout va si bien que ça ? Je parle d’hommes aux comportement impeccables par ailleurs, je ne parle pas du frappadingue avec des envies bizarres et pas respectueux des femmes. Non, non, non ! Je parle de types très bien sous tous rapports mariés à des femmes pas spécialement coincées du cul. Mais ils y vont quand même…

 

Et pourquoi certains n’y vont jamais ? Tiens, on devrait prendre le problème à l’envers : pourquoi n’allez vous jamais voir une pute ? Pourquoi est-ce que vous ne vous prostituez pas ?

 

Pourquoi je ne vais jamais voir une pute ? Hé bien parce que je n’en ressens pas le besoin, je peux me faire sauter gratuitement si j’en ai envie et je suis suffisamment épanouie dans ma sexualité pour me permettre des fantaisies si ça me chante. Ma féminité s’exprime pleinement (à mettre en parallèle avec une virilité qui pourrait s’exprimer dans les “charmes” de la prostitution). Parce que moralement aussi, ça ne me traverserait pas l’esprit : j’ai envie de quelqu’un qui a lui aussi envie de moi. Sans ça, point d’excitation. Je connais des gonzesses qui sont capables de dire à leur mec « ou tu me baises ou je vais voir ailleurs ». Epanouissant, non ? Un genre de « prostitution » effectivement pour avoir la paix… Je ne suis pas dans une telle détresse affective que je me retrouve prisonnière du silence, dans l’incapacité de communiquer sur mes désirs, mes absences. Et à contrario, je ne suis pas dans l’inconscience, je ne peux me résoudre à utiliser un autre être humain en le payant pour combler ces désirs, ces absences. Je ne suis pas non plus solitaire, je veux dire que je suis entourée, j’ai une vie sociale, je ne suis pas trop moche, je n’ai donc aucun problème à avoir une relation sexuelle si ça me prend. C’est une chance, une très grande chance, j’en suis consciente.

 

Pourquoi je ne me prostituerai pas ? Je ne vous cache pas qu’en cas de galère de fric, ça m’a déjà traversé l’esprit. Mais il y a une barrière mentale là aussi. Non je ne me vois pas face à un inconnu qui va me donner du fric et écarter tranquillement les cuisses pour qu’il se paye un plaisir à géométrie variable sur mon corps. Ca c’est non. Il y a aussi la peur : la peur de tomber sur un taré, quelque chose d’irrémédiable… C’est trop cher payé à mon sens. J’imagine qu’il y a quelques exceptions mais la prostitution ne me semble pas être un choix. C’est un non choix, c’est quelque chose qui s’impose à vous comme seule alternative raisonnable ou insensée. Après on peut bien vivre ce non choix, je n’en doute pas et puis surtout ma capacité à me projetter a ses limites fatalement. Mais à l’origine, le déclencheur reste un choix par défaut. Et puis, je ne suis pas seule. Je veux dire que si j’ai un énorme problème, je suis suffisamment entourée pour que fatalement quelqu’un m’apporte son aide financière ou son soutien moral ou quoi que ce soit d’autre. C’est une chance, une très grande chance, j’en suis consciente.

 

Alors, je ne prétends pas ici avoir fait avancer le débat en aucune façon. Je ne crois pas au mythe de la pute et du consommateur (trice) épanouis mais je ne juge personne. Chacun négocie comme il peut. Je crois que la prostitution a tout à voir avec la solitude et une misère psychologique. Je crois que les racines du « mal » sont à chercher du côté de la frustration : manque d’amour, manque de communication, manque d’expression, manque de liberté, manque de choix, manque de fantaisie, manque de soutien, manque de ce que vous voulez.

 

Et là, je souhaite bien du courage aux politiques, aux législateurs, aux associations pour trouver une solution…