La fin de l’éclipse

22 mars 2015 1 Par Catnatt

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Aujourd’hui, j’ai enfin revu le temps s’écouler très lentement. Vous, vous aviez guetté toute la semaine l’éclipse, moi je guettais le temps et contrairement à vous, je l’ai vu réapparaître majestueux et compact.
 
La maison a été très silencieuse aujourd’hui, les enfants étaient pourtant bel et bien là. Nous sommes souvent silencieux, chacun dans notre monde. L’on pourrait croire que c’est glauque, c’est tout le contraire. Charlotte me le dit de temps en temps, au détour d’une conversation : “on est bien tous les trois”. Oui, on est bien. Baptiste perdu dans un univers parallèle résidant dans sa chambre entre Little Big Planet et GTA 5, entre deux fous-rires et deux engueulades avec des gens que nous ne connaissons absolument pas, mais qui vivent partiellement avec nous : les gens dans la PS3. Je pense à @Metacapuche qui a piqué le casque de son fils parti faire Dieu seul sait quoi et qui en a profité pour hurler “Michel à la caisse 5 ! Michel à la caisse 5” à des garçons hallucinés. Charlotte, les cliquetis de ses doigts sur son ordinateur, son front plissé, concentrée, short et sweet-shirt Misfits, bien réussir la reconstitution d’un oeil disparu derrière un verre de lunette, une photo à corriger et puis “Martin Eden” à la main, des cliquetis, Martin, cliquetis, Martin, cliquetis. Elle dort dans le lit de son frère quand il n’est pas là et je ne suis pas si sûre que ça soit à cause de la housse de couette plus douce que la sienne.
 
J’ai enfin revu le temps s’écouler très lentement. Vous, vous guettiez les résultats des départementales, moi j’étais en 1982 avec Nicolas Delesalle, Kolia pour les compagnons de twitter et son grand-père pour ce que j’en sais. Je n’ai pas fini son roman, mais si le temps a cessé de s’éclipser, je pense que c’est en partie grâce à lui. Nicolas déroule son enfance, j’aperçois la mienne et je prends vingt minutes pour mettre un dimanche ordinaire dans l’attrape-souvenirs qu’est devenu Heaven. Vingt minutes pour poser le regard d’un parent sur un dimanche “on est bien”, lui qui a si bien su figer la première conscience de cet état-là lorsque l’on a neuf ou dix ans.
 
La musique a rempli la maison, je me suis enfin décidée à refaire tous mes branchements et l’après-midi s’est étendue. J’ai vu passer 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18 et là elle se meurt. J’ai eu mon premiers cours de yoga ce matin via youtube. C’était pas très fluide, mais je ne sais pas… Je crois que ça m’a fait du bien. Nick Mulvey est dans mon salon et me demande de venir et de mettre en chanson comment je me sens (The trellis). Du monde est passé, il y a eu Soko, H-Burns, D’Angelo, albums 2015, playlist 2014. Je m’enfonce dans mon lit, sous la couette, je mange des pancakes chantilly, je tourne les pages et je le sens autour de moi, palpable : le temps. Charlotte s’assoit à côté de moi, tu en penses quoi, je regarde son profil dont je suis folle ; en passant dans la chambre, Baptiste, Maman regarde je suis en hélicoptère, son rire, la joie et l’innocence.
 
J’ai enfin revu le temps s’écouler très lentement. Vous, vous guettiez peut-être aussi le temps. Il ne se rattrape jamais, mais il n’est jamais vraiment loin : il suffit d’une maison vide de paroles, emplie de musique, deux enfants, le ciel et les oiseaux du parc des Buttes Chaumont, un livre et un humain.
 
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