La fidèle

Auteur non identifié

Et il y a la rencontre parfaite. Jamais de déception, un renouvellement permanent, de l’amour inconditionnel avec des « pour toujours » qui tiennent.

 

Elle est là quand je ne vais pas bien. Même inconsolable. Présence muette, qui pourtant me murmure à l’oreille des lendemains qui chantent ; vocalise à ma place mes illusions perdues ; s’enroule autour de moi quand je chéris ma peine, me berce de mots apaisants.

 

Elle est là quand je vais bien. Prend des accents brésiliens, elle le sait, c’est irrésistible ; m’entraîne dans l’allégresse, fait jaillir la gaîté, la joie de vivre; me fait danser, sauter, vivre un peu plus que d’habitude.

 

Elle est là, toute la journée, souvent la nuit. Elle est universelle, n’a pas de barrières, de préjugés ou de racismes. Elle est l’amie de tous, mais surtout la mienne. Elle est anglo-saxonne mais aussi haïtienne, jamaïcaine, italienne ou japonaise. Je l’aime quand elle est française, c’est à travers cette langue que je suis la plus exigeante avec elle.

 

Elle n’a aucun espace-temps. Elle est là depuis toujours. D’aussi loin que je me souvienne. Le monde sans elle, perdrait un peu de son sens car elle exprime mes émotions quand je suis démunie. Si je devais me priver d’elle, ce serait me couper une jambe. La pire des punitions. Si je ne l’entendais plus, je serais désespérée.

 

Elle était sous influence, quand j’étais enfant. Classique. Mon environnement l’orientait. Elle et moi, on ne se choisissait pas à l’époque. Depuis, cela a beaucoup changé. C’est moi qui l’incline, mais elle me réserve toujours des surprises, me tombe dessus quand je ne m’y attends pas. Elle est de tous mes moments forts. Pas un souvenir sans elle. Elle parle de moi à travers mes âges.

 

Elle est le grand regret de mon père à mon sujet car j’étais douée pour elle, il paraît. On me l’a mise dans les mains et ce fut tout de suite ma meilleure amie. Effectivement, c’était facile pour moi de jouer avec ses clés, de passer de l’une à l’autre. C’était déconcertant pour mon entourage. J’ai été douée pour quelque chose. Pour elle. Un adulte m’en a écoeurée. On m’avait enfermée avec elle dans un conservatoire et me faire hurler dessus pour elle n’a pas été supportable. D’un commun accord, nous avons décidé toutes les deux qu’elle se contenterait de m’accompagner. Elle ne deviendrait pas ma vie.

 

Elle m’a suivie à l’adolescence, elle était noire, elle était pessimiste et puis, toutes les deux, nous sommes allées voir « Purple Rain » de Prince. Une révélation. Nous allons aimer le funk, la soul pour toujours.

 

Au gré de mes rencontres et des humains concernés, nous allons évoluer ensemble, mais elle est la plus fidèle d’entre tous. Je sais que je peux tout perdre. Pas elle. Elle est la plus sûre de mes alliés. Il ne se passe pas un jour sans que je l’entende et mon amour pour elle est sans limites.

 

La musique.

C’est le dernier des « rencontres et des humains ». Tous les textes étant construits en fonction de la musique ou inversement, il était évident que ce serait elle, la dernière. La musique. La rencontre toujours parfaite, jamais source de frustrations, toujours fruit de nouveaux bonheurs.

 

Il existe des humains pour lesquels la musique n’est pas importante. Ça me dépasse, me consterne. Je trouve toujours ça symptomatique d’une pauvreté de cœur. Je ne comprends tout simplement pas et autant je crois avoir beaucoup d’empathie pour pas mal de choses autant ne pas écouter de musique est pour moi rédhibitoire. Je ne peux pas être amie avec quelqu’un qui ne peut pas parler de musique trois minutes. D’ailleurs, je m’en suis aperçue tard, mais c’est devenu effectivement un critère de sélection. Je me méfie des gens qui n’ont aucun penchant pour elle. Comme dit si bien Ian Mc Ewan « Elle aimait la célèbre fresque dépeignant, lui avait-on dit, l’appétit de l’humanité pour l’abstraction magnifique de la musique, avec le génie de l’harmonie représenté sous la forme d’une boule de feu éternel »

 

Ou encore « La musique met l’âme en harmonie avec tout ce qui existe. » Oscar Wilde. « La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée. » Platon. « La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. » Marcel Proust.

 

Je peux continuer ainsi très longtemps. Les humains qui n’aiment pas la musique ne font pas partie de mon monde. J’ai un peu de mal avec ceux qui restent coincés dans une époque. Ils bloquent leurs vies quelque part. Refuser l’évolution naturelle de la musique, c’est quelque part manifester un blocage sur le fait de vieillir. Et c’est inévitable, plus le temps passe, plus nous nous raccrochons à nos nostalgies musicales. Je n’y couperai pas. Je n’ai qu’à voir mon père, écoutant toujours du jazz Nouvelle-Orléans, de l’opéra. Mais qui a toujours le premier 45 tours de Jimmy Hendrix…Il a une belle collection.

 

L’ipod fut une révolution dans ma vie. C’est mon boss qui m’a offert le premier. Mes amis m’ont fait cadeau du second. Mon amoureux le troisième. Nous nous sommes toujours dit qu’un vrai cadeau coûtait un peu de soi. J’avais un 30 gigas. Il en avait un de 60. Il m’a spontanément donné le sien. C’était un bien joli cadeau. Et je l’en remercie encore. Il m’a permis d’accumuler, ma belle collection d’indispensables, d’inédits, de rarissimes, de classiques, de nouveautés. 5571 morceaux. Quasi 30 gigas. Plus mes sauvegardes. Plus les cds. Plus tout ce que j’ai semé au gré du vent.

 

Conclure par la musique, évidemment. Le dernier « Des rencontres et des humains ».

 

Je me suis rendue compte, il y a peu, que cette série ne concernait que des humains avec lesquels j’avais le sentiment d’une erreur. Ce n’était jamais des choix hasardeux. 31 sujets. 31 rencontres. En fait 30. Je me suis trompée. J’ai tenu tout le long de l’année. Parfois sans envie, parfois je trépignais d’impatience. Je tenais à parler d’eux. Le dénominateur commun ? Oui, ce sentiment d’erreur, ou d’inachevé. Ou d’ambivalence. C’est la fin d’un cycle. J’ai mis sur la table tout ce qu’il y avait à savoir sur moi. En 2007, quand j’ai commencé les blogs, c’était très désordonné. Et puis, il y a eu le brouillon de roman qui m’a permis de régler ce que je portais comme la plus grande faute de ma vie. J’ai posé ma culpabilité sur le côté. J’ai continué avec « Des rencontres et des humains ». J’ai réglé mes comptes avec moi-même en quelque sorte. Un long processus de réparation d’égo. L’exhibitionnisme au service d’une réhabilitation.

J’en ai fini, je crois. Pour l’instant, en tout cas. J’en ai fini avec moi.

 

Je vais écrire autre chose la saison prochaine. La saison 3. Je me pencherai sur des inconnus. Dialoguer avec eux, des interviews subjectives d’humains sans gloire et sans musique mais avec un destin particulier. Je m’emparerai de leurs vies, je les ferais miennes, et je tenterai de les restituer, un stylo à la main. Et toujours de la musique pour illustrer. Elle donne toujours le tempo, l’intonation, la tonalité.

 

En écrivant ce texte, je me suis demandée quelle serait la bande originale de ma vie. Je me suis essayé à l’exercice. J’en ai fait une playlist. Valable aujourd’hui. Probablement qu’il y aurait des variations même si l‘essentiel y est. Mais je vous quitte quand même sur une chanson précise. Une des chansons les plus cinématographiques que je connaisse, de celles qui emportent votre imagination, vous emmène ailleurs… Et pour rendre hommage à la musique, ma belle alliée, je choisis la version live.

 

Un tour de force.

 

Goldfrapp, « Lovely head ». Pour l’avoir chanté tant de fois quels que soient mes états d’âmes.

 

Moi seule avec la musique.

 

« I fool myself

To sleep and dream

Nobodys here

No-one but me

So cool »

 

C’est fini pour cette saison…

Photo trouvée ici

 


Goldfrapp – Lovely Head [Live] 2000 par ZapMan69

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